Jean de LA JESSÉE
(1551-?)
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1583 : Beauté céleste…
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La Grasinde, 1578

Œuvres, 1583
I. Jeunesses

Livre I

Livre II

Livre III

Livre IV

II. Mélanges

Livre II

Livre III

Livre IV

Livre V

III. Amours
La Marguerite

Livre I

La Marguerite
Livre II

La Marguerite
Livre III

La Sévère
Livre I

La Sévère
Livre II

La Sévère
Livre III

 

~#~






Quand seule vous seriez,

vous m’êtes seule un monde





Jean de La Jessée

La répu­tation de Jean de la Jessée, ou Gessée, comme il écrit quelquefois son nom, s’étendit beaucoup plus loin que celle de Blanchon, et le célèbre Plantin lui a fait l’honneur d’imprimer une grande partie de ses poésies.

Ce Poète était Gascon. Le Père Niceron, qui paraît n’en avoir parlé que d’après la Croix-du-Maine et du Verdier (Nic. Mém. t. 41), dit qu’il naquit vers l’an 1551 à Mauvezin, Ville de Gascogne dans l’Armagnac ; qu’il vint de bonne heure à Paris, et passa plusieurs années à la Cour. Il ajoute qu’on voit par ses ouvrages, qu’il fut Secrétaire de la Chambre de François de France, Duc d’Alençon, qu’il l’accompagna dans ses voyages en Angleterre et dans les Pays-Bas, et que depuis l’année 1584, que la mort enleva le Prince, on n’entend plus parler de lui. Ce court récit du Père Niceron a besoin de quelques éclair­cis­sements et d’un petit commen­taire. [R]

[naissance à Mauvezin]

La Jessée doit être né après le milieu de l’année 1550. Il dit dans son Discours sur le Temps, adressé à Louis de Lorraine Cardinal de Guise :

Je n’avoy pas neuf ans lorsque Montgomery
De sa lance fatale occit le roi Henry.

Cet évé­nement arriva le 30 Juin 1559, et Henri II mourut le 10 Juillet suivant. La Jessée déclare qu’il n’avait pas alors neuf ans ; c’est-à-dire, ce semble, qu’il approchait de cet âge ; il devait donc être né au plus tard vers la fin de 1550. Le lieu de sa naissance était Mauvezin ; le Père Niceron l’a fort bien observé. La Jessée décrit ainsi ce lieu dans sa pièce intitulée, Le Temple de Navarre, à Jean de Beaumanoir Sieur de Lavardin :

Dessous le Ciel Gascon le destin m’a fait naître,
Où le Roi Navarrois est mon Seigneur et maître,
Au Comté d’Armaignac, où le Fleuve du Ras,
Tributaire à Garonne, entrecroise ses bras.
La ville à qui je dois naissance et nourrissage,
Le voit souvent couler par un double passage:
Elle est assez antique, etc.

Je m’arrête là : cette description est extrêmement prolixe. On aime naturellement à parler de sa Patrie, et l’on se persuade aisément que ceux qui nous écoutent ou qui nous lisent, y prennent le même intérêt que nous. C’est pour cela que la Jessée donne au long toute l’histoire de Mauvezin, et tout ce que la tradition du pays, qui paraît un peu fabu­leuse, en disait. Il conjecture même que le nom de Mauvezin vient de celui de Malvoisie, lieu renommé pour les vins exquis, à cause, dit-il, des beaux vignobles qui y étaient encore de son temps. [R]

[Bordeaux : Jeanne d’Albret]

La Jessée ne nous apprend point sous quels maîtres il fit ses études ; mais quoiqu’il se vante dans un de ses Sonnets (Premières Œuvr., t. 1, p. 65), qu’il n’avait rien emprunté des anciens ni des modernes pour composer ces milliers de vers qu’il nous a laissés, et que tout était de son invention, il ne laisse pas de nous assurer ailleurs qu’il avait lu presque tous les Poètes anciens et modernes, les Grecs, les Latins, les Italiens, et ceux qui avant lui avaient écrit dans notre langue. L’amour de la poésie l’avait saisi de si bonne heure :

Qu’encor sept et sept ans n’avoient borné son âge

lorsqu’il commença à cultiver les Muses et selon lui à en être favorisé. La passion qu’il avait pour augmenter ses connaissances, l’engagea de faire quelque séjour à Bordeaux, d’où il passa, dit-il, à la Cour de sa Reine, que la mort lui enleva trop tôt. C’était Jeanne d’Albret, Reine de Navarre, qui mourut en effet le 9 Juin 1572. Voici de quelle manière le Poète raconte son voyage ; il me paraît nécessaire de le laisser parler lui-même (Premières. Œuv., t. 3, p. 906).

J’étoy fort jeune encore, et la vingtième année
Estoit prochainement sur mon chef retournée,
Quand il me vint à gré de pratiquer les mœurs
Des Peuples agités de diverses humeurs,
Et voir deçà delà, voyageant par la France,
Des pays et Citez l’assiéte et différance.
Sitost ce faux desir n’eust tenté mon esprit,
Qu’à bien effectuer mes desseings il se prit,
Et me faisant hayr mes délices premieres,
Mes voisins familiers et le nic de mes peres,
Me fit rendre à la Cour d’une Reine du Sang,
Princesse vertueuse, et digne de ce rang.
Elle estoit en Gascoigne, et dressait un voyage
Pour achever l’accord d’un nouveau mariage.

C’était le mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre, qui fut depuis Henri IV. Jeanne d’Albret aimait les gens de lettres, et surtout les Poètes ; on lui parla de la Jessée, on lui vanta ses talents poétiques ; elle voulut le voir,

..................... Et sous bons témoignages
Le reçeut à sa suite, et le mit à ses gages.

Il suivit l’équipage, prit le chemin du Périgord, traversa l’Angoumois, le Poitou, et séjourna deux ou trois jours à Poitiers. Il vint ensuite à Tours, de là à Blois où la Cour de France était alors, et où le mariage projeté devait se conclure ; et enfin à Paris où il eut la douleur de perdre la Reine de Navarre.

L’affliction que cette mort inespérée lui causa, jointe au chagrin qu’il ressentait de n’avoir pu gagner le cœur de sa Marguerite dont il était devenu amoureux durant son séjour à Blois, lui fit prendre la résolution de quitter non seulement la Cour, mais même la France. Il se retira en effet en Savoie, dans le dessein de parcourir la Suisse, l’Allemagne, et ensuite l’Italie. Mais le souvenir de sa Marguerite l’arrêta à Genève, d’où peu de temps après il regagna Lyon, le cœur plus blessé qu’avant son départ, et vint de nouveau à Paris. Si vous êtes curieux de savoir toutes les circons­tances de son voyage, je vous renvoie à sa pièce, inti­tulée, l’Amoureux errant, où il en fait une longue description. Cette pièce est adressée à François d’Espinay Sieur de Saint Luc. [R]

[au service du Duc d’Alençon]

Je n’ai rien trouvé dans ses poésies qui pût fixer le temps où il a commencé d’entrer au service de François de France Duc d’Alençon, nommé depuis Duc d’Anjou, dernier fils de Henri II. On voit seulement qu’il fut secré­taire de sa chambre, ainsi que je l’ai observé d’abord, et que jusqu’à la mort de ce Prince, il le suivit dans toutes ses courses. Il l’accom­pagna en 1579 en Angle­terre, où le Prince passa exprès pour témoigner son amour à la Reine Elizabeth, qui le traita, dit Mézeray, avec autant de franchise et de privauté, que tous ceux qui ne la conneissoient pas, crurent qu’elle l’épouseroit.

La Jessée demeura dans ce Royaume avec son maître jusque vers le milieu de l’année 1580, que le Prince fut obligé de venir s’opposer au progrès que le Duc de Parme avec son armée faisait dans l’Artois et dans le Hainaut. Il fit la même année un second voyage en Angle­terre avec le même Prince ; et quitta ce Royaume sans retour, au commen­cement de 1581, lorsque le Duc d’Anjou revint en Flandres, où il fut inauguré, dit Mézeray, Duc de Brabant et Comte de Flandres. Quoiqu’il soit certain que la Jessée ne soit pas toujours demeuré auprès du Prince, puisqu’il parle du moins de deux voyages qu’il fit en Flandres, durant le temps que le Duc habitait ce pays, il n’est pas moins vrai qu’il y fut témoin des troubles presque continuels qui l’agitèrent, et qui obligèrent enfin le Duc d’Anjou à revenir en France, où il mourut le 10 Juin 1584 dans la trente-unième année de son âge, regretté et pleuré par notre Poète, qui exprima sa douleur par un nombre de vers, sous le titre de Larmes et regrets, qu’il publia la même année.

C’est aux différents voyages dont je viens de parler que le même Poète fait allusion, lorqu’il dit (Premières Œuvr., t. 3, p. 857) :

En temps assez divers, j’ai fait mille voyages,
Et voyageant ainsi j’ai passé mille lieux.…
J’ai fait teste à la Mer, voire au Ciel envieus,
Armé d’esclairs, de foudre, et de vents pluvieus, etc.

Le Père Niceron conjecture que le Poète ne survécut guère à son maître, parce que, dit-il, on n’entend plus parler de lui après l’année 1584. Vous verrez dans la suite, que la Jessée vivait encore en 1595 et qu’il fit imprimer cette même année un ouvrage que le Père Niceron n’a point connu. Tout ce que celui-ci devait dire, c’est que la vie poétique de la Jessée, s’il est permis de s’exprimer ainsi, n’a guère duré que depuis 1572 jusqu’en 1584. [R]

[premières œuvres]

En effet, le premier écrit en vers de la Jessée que nous sachions avoir été imprimé, est de l’année même 1572. C’est une Satire, ou, comme s’exprime l’Auteur, une Exé­cration sur les infracteurs de la paix. Depuis cette première production, presque chacune des années qui suivirent, fut marquée par une nouvelle (Voyez les titres entiers de ces ouvr. dans le Catal. [Goujet, tome XIV, pp. 432-435]). En 1573 la Jessée donna un Discours sur le Siège de Sancerre, avec une complainte de la France ; ce Siège avait commencé au mois de Janvier 1573, et le camp du Roi était encore aux environs de la Ville, lorsque le Poète discourait sur ce Siège. La même année, il versa des larmes sur la mort de Claude de Lorraine, Duc d’Aumale, tué devant La Rochelle, au mois de Mars de ladite année, et sur celle de Henri de Foix, Duc de Candale, tué au Siège de Sommières en Languedoc, et répandit des fleurs sur leurs tombeaux : Et dans la même année il s’amusa à décrire le Siège même de la Rochelle, à plaindre la France sur les troubles qui lui ôtaient toute sa tranquillité, et à la féliciter lorsque ces troubles furent pacifiés.

L’élection de Henri III au trône de Pologne fit encore, la même année 1573 et la suivante, couler de la plume de la Jessée une multi­tude de vers tant Latins que Français, sur cet évé­nement. Il se chargea de faire entendre les soupirs de la France sur le départ du nouveau Roi, de louer ce Prince sur ses succès, et sur les grandes qualités dont il était orné, ou que le Poète croyait voir en lui ; et lorsque Henri fut obligé de revenir en France, la Jessée célébra encore son arrivée, et se rendit l’interprète des sentiments qu’il supposa dans les Seigneurs Polonais sur ce retour.

Ce fut encore en 1574 qu’on vit paraître de lui, un recueil d’Épigrammes Latines, en deux livres, adressées aux Princes, aux Grands du Royaume, et à beaucoup d’autres ; et deux Épitaphes de Marguerite de Valois, Duchesse de Savoie, l’une en Latin et l’autre en Français.

En 1578 il donna ses Amours de Grasinde, dix Odes-Satires, avec cinq Sonnets. En 1579 il publia en prose, des Lettres Missives, Discours et Harangues familières ; et en 1583, des vers Latins et Français, sur la mort de Jean Morel, Gentilhomme d’Embrun. [R]

[les Œuvres de 1583]

Le Duc d’Anjou qui voulait bien s’amuser quelquefois de ces diverses poésies de la Jessée, et qui y trouvait, sans doute, quelque satis­faction, ayant féli­cité l’auteur sur son extrême fécon­dité, et loué ses talents, il n’en fallut pas davan­tage pour engager le Poète à se mettre en devoir de recueillir une partie des poésies qu’il avait faites depuis sa première jeunesse jusqu’à l’âge de 31 ans, qui était l’époque des éloges qu’il avait reçus du Duc d’Anjou.

La Jessée consacra cette glorieuse époque sur son portrait, où il s’est fait représenter avec une couronne de laurier sur la tête, et le titre de Poète Lauréat, ou Couronné. Peut-être avait-il reçu la couronne Poétique du Duc d’Anjou lui-même. Sa collection finie, dont il exclut la plus grande partie des poésies que je viens de citer, Christophle Plantin, célèbre Imprimeur d’Anvers, se chargea de la mettre au jour ; et la Jessée la dédia, comme la raison et la justice le demandaient, au Prince qui en avait été l’occasion. L’Épître dédi­catoire, en prose, est datée d’Anvers le 20 Décembre 1582 et la collection parut dans le courant de l’année suivante : elle est en quatre tomes in-4°.

« Après avoir rassemblé tous mes papiers, dit l’Auteur ; après les avoir revus et corrigés, je me trouvai envi­ronné de 48 livres diver­sement composés en rime, et de cinq autres faits en prose, et tous Français ; sans compter ceux que j’ai façonnés à la Romaine, ni cinq ou six pièces, qui depuis ont baillé commen­cement à mes secondes œuvres. » Il ajoute que ce nombre le surprit, « se voyant déjà père de tant de petits enfants conçus en sa grande jeunesse, et parmi ses plus graves adver­sités, sans avoir eu jusqu’ici le moindre support ou assistance de personne. »

Ce qui le consola fut la promesse que lui fit son maître de s’en déclarer parrain et protecteur ; mais de peur de rebuter le Prince lui-même, il sépara cette masse, et en choisit la moitié seulement, laissant pour lors l’autre moitié, non moins diver­sifiée en conceptions et sujets. Comme je serais trop long, si je voulais entrer dans le détail de toutes les pièces que contient ce premier recueil, et le seul qui ait été publié, je me contenterai de vous en indiquer les sujets principaux. [R]

[I. les Jeunesses]

Je vous ai dit qu’il était divisé en quatre tomes. Le premier est intitulé : Les jeunesses de Jean de la Jessée, et se trouve partagé en plusieurs livres. Le premier livre renferme un grand nombre de Sonnets critiques, moraux, plaintifs et sati­riques. Les mœurs déréglées de son temps, les troubles qui agitaient toutes les parties du Royaume, le rendaient chagrin et mélan­colique. Voilà ce qui le portait à la satire. Sa fortune était très médiocre, et il croyait qu’on devait mieux récom­penser son mérite : c’est ce qui l’engageait à se plaindre si souvent, quoiqu’à l’en croire, il ne demandât qu’à n’être pas dans l’indi­gence (pag. 27) :

Pour fuir la pauvreté qui desjà m’accompaigne,
Je ne désire point le fécond revenu
Du vignoble Angevin, ni le grain provenu
Des heureuses moissons de Beausse et de Champaigne…
Je voudroy seulement me voir entretenu
Avec moyen état jusqu’à l’âge chenu;
Si ce point jusqu’alors sur moi-même je gaigne, etc.

Cette situation peu commode lui faisait regretter sa patrie ; il se fâchait contre lui-même de ce qu’il l’avait quittée, et soupirait après son retour : appa­remment qu’il y était plus à son aise (pag. 41).

Quand pourrai-je revoir après dix mille ennuis
Mon cher Mauvesinois, mon petit héritage,
Mes amis contr’aimés, ceux de mon parentage ! etc.

Le second livre ne contient encore que des Sonnets, tous sur le même ton que ceux du premier. Il y exhale surtout sa mauvaise humeur contre la Cour, le genre de vie qu’on y mène, l’ingra­titude dont on y paye ceux qui s’y attachent. Il n’avait que 25 ans accomplis lorsqu’il se plaignait si vivement, et, s’il n’exa­gère pas, les ennuis s’étaient plus multi­pliés que le nombre de ses jours. Mais il faut remarquer que lorsqu’il faisait ces plaintes, il ne venait presque que de perdre la Reine Jeanne d’Albret sur laquelle il avait fondé les espérances les plus flatteuses. À la page 74 il dit qu’il tomba en 1573 dans une maladie qui l’approcha de la mort.

Le troisième livre est plus varié : ce sont encore des Sonnets ; mais le Poète y chante presque tous les évé­nements arrivés de son temps. On en lit sur l’élection de Henri III au trône de Pologne, son entrée à Paris, son départ, son retour en France, son avènement à la couronne de ses pères, son sacre, son mariage, etc. Il y en a d’adressés à Charles IX, à plusieurs Princes, à quelques Seigneurs. Ce troisième livre finit par un nombre de Sonnets Chrétiens.

La Jessée revient aux plaintes dans le quatrième livre. Mais pour cette fois ses plaintes étaient fondées. Son voyage en Savoie avait été mal inter­prété. Ses envieux profitèrent de cette disposition des esprits, et cherchaient encore plus à enve­nimer ses démarches. L’envie, dit-il, la cabale, les faux rapports, la calomnie me poursui­virent depuis Lyon jusqu’à Paris. On l’arrêta dans cette ville, au mois de Mai, et il fut mis en prison. Sur quoi il dit (pag. 139) :

Je ne devois en France revenir
Passant de Bresse en la haute Savoye :
Entre ses rochs, sur qui le ciel envoye
Ses traits ardens, je devois me tenir.

Il n’y eût pas été commodément ; mais on est mieux partout ailleurs qu’en prison. Il ne s’explique point clairement sur les raisons de sa détention; il dit seulement (pag. 137) :

En ce qu’incaut je fus, on m’a creu téméraire;
En ce que je n’ay sçu, l’on présume que si;
En ce que je n’ay dit, on me repugne aussi;
En ce que je n’ay fait on pense le contraire, etc.

Du reste, il proteste partout de son innocence, et dit affirmativement (pag. 966) :

La France j’ay laissé, non que le moindre crime
Me causant ce départ, ma conscience opprime;
Je n’ay doubté jamais des points de nostre foy,
Jamais je ne m’armay contre mon jeune Roy;
J’ai cheri mon pays; et sans fraude et sans vice
Ay fait plaisir aux uns, et aux autres service:
J’ai célébré l’honneur des heros belliqueux,
Et prisant la vertu, me suis fait avec eux:
J’ayme l’homme sçavant, entier et véritable,
Et ne fut onc amy ny de cour ny de table.

Il ajoute au même endroit, que l’amour seul fut l’auteur de ses peines, que lui seul le porta à s’exiler volontairement. L’Amour fut-il aussi l’auteur ou l’occasion de son empri­son­nement ? je ne puis l’assurer. Quoi qu’il en soit, il s’adressa à Joachim Du Bellay et à beaucoup d’autres (pag. 143 et suiv.) ses plaintes sur sa captivité, qui ne laissa pas de durer au moins un an.

Dans le cinquième livre, composé de Sonnets, de Complaintes, de Stances, de Regrets, etc. il gémit sur les maux où la France se trouvait exposée, sans oublier ceux qu’il souffrait lui-même ; et le sixième livre ne contient que des Sonnets adressés au roi Henri III, aux Reines Elisabeth et Louise, et aux Princes et Princesses du même temps. [R]

[II. les Mélanges]

Plusieurs des pièces qui composent les sept livres de Meslanges, qui suivent ceux dont je viens de vous donner une légère idée, concernent encore la prison de l’Auteur. Dans l’une, qui a pour titre même La prison, il expose les avantages de l’adversité ; dans une autre, intitulée, La contre-prison, il s’étend sur les désa­gréments de la capti­vité, se plaint amèrement de la sienne, et proteste que s’il rompt ses liens, ce ne sera jamais pour les reprendre :

.................Si j’en sors desormais,
Je ne veux point y retourner jamais,
Fuyant, blamant sa loge et ses retraites:
Mal de ses maux sans cesse je diray,
Et franchissant le Guichet, je criray,
Adieu paniers les vendanges sont faites.

Il tient à peu près le même langage dans des Stances adressées au Roi. Il y jure qu’il souffre un mal qu’il n’a point mérité, et qu’il fait la péni­tence d’un crime inconnu ; sollicite Sa Majesté de briser ses fers, proteste d’un sincère atta­chement à son service, rappelle quelques occasions où il en avait déjà donné des preuves, et fait offre de le lui prouver de plus en plus, soit de la plume ou de l’épée.

En général, ces sept livres de Meslanges contiennent un très grand nombre de Sonnets, de Stances, de Complaintes, de Regrets, d’Épîtres, d’Anagrammes, d’Hymnes ou Chants de louange, d’Épigrammes, de Chansons, un Géné­thliaque sur la naissance de Margue­rite Du Prat, etc. De ces sept livres, la Jessée a renfermé dans le cinquième toutes les traductions et imi­tations qu’il avait faites de quantité d’endroits des Poètes Grecs, Latins et Italiens, anciens et modernes ; et une suite d’Inscriptions composées pour conserver la mémoire de divers évé­nements et de diverses Fêtes, Pompes, Solen­nités, Entrées, etc. Une partie du sixième et le septième tout entier n’offrent que des imitations de quantité d’endroits de l’Écri­ture Sainte. Voilà ce qui compose les deux premiers tomes des œuvres de notre Auteur. [R]

[III. les Amours]

Le troisième est consacré à ses amours : il y a quatre livres des Amours de Marguerite, trois des Amours de Severe, et deux des Amours de Grasinde. C’est tout ce que je vous en dirai. Dans l’édition particulière des Amours de Grasinde, faite en 1578 que j’ai citée plus haut, on voit que cet amas de fadaises amoureuses a été fait à Paris, et que celle qui en est l’objet y demeurait. [R]

[…]

L’Imprimeur Plantin dit à la fin de ces quatre tomes, que ce n’était là que le premier Volume des œuvres de l’Auteur, et qu’il était disposé à en imprimer encore deux autres, qui contiendraient plusieurs livres d’Odes, d’Hymnes, d’Élégies, d’Odes-Satyres, de Satires, de Contr-Amours, de Tragédies, de Poèmes sur des sujets tirés de l’Écriture Sainte ; et quatre ou cinq livres en prose Française. Quelle étonnante fécon­dité !

[…]

L’abbé GOUJET,
Bibliothèque française,
ou Histoire de la Littérature française,
tome XIII, 1752, pp. 174-193
[Gallica, N0050656_PDF_200_219]
(orthographe modernisée, ponctuation originale).



Liens

Éditions en ligne

* On regrette de ne plus pouvoir lire en ligne, de La Jessée, les Odes-Satyres de 1579 et les œuvres indiquées comme "vers satyriques" dans les Œuvres de 1583, transcrites par A. Piffault sur le site La Satire et la Poésie Satyrique.

Liens non valides au 09/10/12.


Anthologie en ligne

* 8 sonnets en ligne sur Poesie.webnet.

Liens valides au 09/10/12.


Compte-rendu de publication

* On peut lire, par Anna Bettoni, le compte rendu de lecture de l’édition critique des Jeunesses de Jean de La Gessée publiée par Guy Demerson en 1991, paru en 1994 dans le n° 38 du Bulletin de l’Asso­ciations d’étude sur l’huma­nisme, la réforme et la renais­sance, en ligne sur Persée, portail de publi­cation élec­tronique de revues scienti­fiques en sciences humaines et sociales.

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C’est moi qui suis

un Chaos de malheurs




En ligne le 31/12/04.
Dernière révision le 27/11/16.