La dispo­sition du préambule et le topos des innombrables
Dernier poème en ligne :
Guy de Tours : On ne voit tant…
 


Topos des
innom­brables :
76 textes
Ovide
1er siècle [1492]
~ Autant que de lièvres…
~ Heureux qui peut compter…
~ Autant qu’il y a de coquillages…
~ Autant que de roseaux…
Marulle
1497
~ L’Attique n’a pas tant de miel…
Salel
1545
~ Et quant aux dons… (sp)
Du Bellay
1549
~ Qui a nombré…
1569
~ Qui a vu les Lis, et les Roses…
~ Comme de fleurs…
Tyard
1551
~ Qui voit (Phébus… (sp)
Ronsard
1552
~ Ce ne sont qu’haims…
1553
~ Avec les fleurs…
Muret
1552
~ Qui en la gaye saison…
1555
~ Autant qu’un rivage a…
1557
~ Le printemps n’a point tant de fleurs…
Magny
1553 [1878]
~ Entre les flots…
1559
~ De nuit au ciel…
Philieul
1555
~ La mer n’a point… (Canz. 237)
Baïf
1555
~ Ni la mer tant de flots…
La Péruse
1555
~ L’onde argentine ne couvre…
Turrin
1572
~ Et pour néant… (sp)
~ Le mois de Mars…
Gadou
1573
~ Si vous voulez savoir…
Desportes
1573
~ Quel feu par les vents animé…
1575
~ Je l’aime bien…
Saint-Gelais
av. 1574 [1873]
~ Il n’est point tant…
Goulart
1574
~ Celui qui a…
~ Ainsi que l’œil…
Chantelouve
1576
~ Autant de feuilles vertes…
de Brach
1576
~ Aimée, enfin…
~ Mais qui pourait compter…
Le Loyer
1576
~ Hé, Cruelle, ne veux-tu pas…
Le Saulx
1577
~ Plus qu’on ne voit au ciel… (Th. 76)
~ Si quelqu’un peut nombrer… (Th. 147)
~ Si quelqu’un peut cueillir… (Th. 148)
Robert Garnier
1579
~ Que les rocs Capharés…
La Boderie
1583
~ Mais qui dira…
La Jessée
1583
~ Qui nombrera…
~ Je n’égale mes soins…
~ Qu’on nombre l’Ost…
~ Celui compte les feux…
~ Que de grâce, d’attraits… (sp)
Blanchon
1583
~ Celui qui nombrerait…
~ Le Roi du jour…
~ À tant de fleurs…
~ Le Printemps gracieux…
~ La rigueur du Tyran…
~ J’aurais plus tôt compté…
Jacques de Romieu
1584
~ Qui comptera les fleurs…
Du Buys
1585
~ Ton ciel de nuit…
~ Comme on ne compte point…
Birague
1585
~ Qui comptera les fleurs…
Isaac Habert
1585
~ Qui voudrait raconter…
~ Autant qu’on voit la nuit…
~ Quand je te veux louer…
Poupo
1590
~ Pour compter les valeurs…
~ Quand je serais mille ans…
~ Il n’y a pas au bord…
Pontaymeri
1594
~ Plutôt je nombrerais…
~ Thétis ne verse pas…
Expilly
1596
~ Autant que l’Océan…
Lasphrise
1597
~ Il n’est point tant d’envie…
~ Plutôt on comptera…
~ La beauté se fait voir… (sp)
~ Qui veut nombrer…
Guy de Tours
1598 [1878]
~ On ne voit tant…
Grisel
1599
~ Le rocher endurci…
~ Si vous comptez les flots…
Lope de Vega
1602 [1932]
~ No tiene tanta miel…
Angot
1603
~ Ni l’Hiver refroidi…
Anne de Marquets
1605
~ La terre ne produit…
Maldeghem
1606
~ Tant d’animaux… (Canz. 237)
Claude Garnier
1609
~ Tant d’Astres clairs…
~ Qui peut nombrer…
~ Je compterais…
d’Aubigné
[1874]
~ Autant que d’abeilles bourdonnent…

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Commencer par dire les innom­brables étoiles du ciel, et les poissons dans la mer, et les fleurs au printemps, et les grains de sable du désert… – accu­muler les innom­brables avant de commencer à parler : quoi de mieux pour suggérer qu’on a beaucoup à dire, beaucoup d’amour, beaucoup de peine, et qui tient en trois mots.

On peut supposer que ce topos, ce lieu commun des innom­brables, est l’un des plus fréquents de la litté­ra­ture uni­ver­selle de tous les temps [1]. Associé à la structure accu­mu­la­tive du préambule, qui a pour fonction de retarder l’appa­rition du sens complet de la phrase, et donc d’en produire l’attente chez le lecteur (la Rhéto­rique française d’Antoine Fouquelin, seconde édition, 1557, nomme susten­tation, et la Rhéto­rique française de René Bary, 1665, suspension, des procédés qui s’en rapprochent), on le rencontre fréquemment dans la litté­ra­ture antique gréco-latine et les litté­ratures modernes euro­pé­ennes, en parti­culier au seizième siècle. […]

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Note

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[1] On peut lire, au format image, une page de Paolo Manuzio (1603) sur l’hyper­bole des innom­brables, sur le site de l’Univer­sité de Mannheim.


Bibliographie

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Vuilleumier, Florence, « Les Amours de Pierre de Ronsard : sources ou modèles d’invention », Ronsard / Les Amours de Cassandre, sous la direction de Michel Simonin, Klincksieck, « Parcours critique », 1997, pp.150-170.



 

Le procédé rhéto­rique du préambule n’est presque pas réper­torié dans les études litté­raires françaises, ni dans la tradition, ni dans la moder­nité. Dans les études germa­niques en revanche est pris en compte le priamel, du mot latin præambulum.

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Nouvelle anthologie :

le préambule des impossibles.

Accu­muler des impossi­bilia (du latin) ou adynata (du grec – sing. ady­naton), c’est à dire des boule­ver­sements incon­ce­vables dans l’ordre cosmique ou naturel, en préambule de l’affir­mation hyper­bolique d’une constance dans la foi amou­reuse, ou la foi reli­gieuse, voire dans la haine contre un méchant, est un topos auquel on trouve peu de poètes du seizième siècle qui ne se soient essayés.

Dans quelques-uns des poèmes, le topos des impos­sibles constitue le propos du poème, ou est employé en supplément du propos, mais dans tous les autres il l’est en préambule.

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En ligne le 28/06/07.
Dernière révision le 05/06/09.


 


« Le nombre des neutrinos dans l’univers est si grand
que celui des grains de sable du Sahara
ne suffirait pas à en donner une image. »

J.-F. Augereau et St. Foucart,
"Le neutrino, particule fugace et singulière, tient salon à Paris",
Le Monde, 16 juin 2004.

« Celui qui n’a pas fait ses comptes avec la féminité
n’a pas fait ses comptes avec la nature, ni avec l’univers »
,
propos d’Albert Memmi rapporté par Cath. Simon,
"Albert Memmi, marabout sans tribu", Le Monde, 16 juin 2004.

« Il y a tant de grains de sable qu’il ne doit pas en rester beaucoup qui n’existent pas »,
Eric Chevillard, L’autofictif, jeudi 6 octobre 2016.

Dernière révision le 06/11/16.