HORACE (65-8 av. J.C.)
Non semper imbres… (Odes, II, 9)
traductions et imitations
 
Paris, Claude Micard, 1584, ff. 47v° & 48v° [←Gallica].

Ad Valgium

Non semper imbres nubibus hispidos
Manant in agros, aut mare Caspium

Vexant inæquales procellæ
Usque: nec Armeniis in oris

Amice Valgi stat glacies iners
Menses per omnes: aut aquilonibus

Querceta Gargani laborant,
Et foliis viduantur orni.

Tu semper urges flebilibus modis
Mysten ademptum: nec tibi Vespero

Surgente decedunt amores,
Nec rapidum fugiente solem.

At non ter aevo functus amabilem
Ploravit omnes Antilochum senex

Annos: nec impubem parentes
Troilon, aut Phrygiæ sorores

Flevere semper. Desine mollium
Tandem querelarum: et potius nova

Cantemus Augusti trophæa
Cæsaris, et rigidum Niphaten,

Medumque flumen gentibus additum
Victis, minores volvere vortices:

Intraque præscriptum Gelonos
Exiguis equitare campis.

Les Amours augmentées, « À Mellin de Saint-Gelais »,
Paris, veuve Maurice de La Porte, 1553, pp. 247-248 [←Gallica].

TOuiours ne tempeste enragée,
Contre ses bords la mer Egée,
Et touiours l’orage cruel
Des vens, comme vn foudre ne gronde
Elochant la voute du Monde
D’vn soufflement continuel:

Touiours l’hiuer de neiges blanches,
Des Pins n’enfarine les branches:
Et du haut Apennin, touiours
La gréle le dos ne martelle,
Et touiours la glace eternelle
Des fleuues ne bride le cours:

Touiours ne durent orgueilleuses
Les Pyramides sourcilleuses,
Contre la faus du tans vainqueur:
Aussi ne doit l’ire felonne,
Qui de son fiel nous empoisonne,
Durer touiours dedans vn cœur.

Rien sous le ciel ferme ne dure:
Telles lois la sage Nature
Arresta dans ce monde, alors
Que Pyrrhe épandoit sus la terre
Nos aieus conceus d’une pierre

S’amolissante en nouueaus cors.

[…] 

Paris, Vincent Sertenas, 1557, sonnet VIII, f° 5r° [←Gallica].

Tousiours la peste aux Grecs ne decoche Apollon,
Quelque fois il s’esbat à sonner de la lyre,
Quelque fois sur la mer bon vent a le nauire
Et tousiours ne court pas vn oraige felon,

Tousiours l’honneur des champs ne despouille Aquilon
Quelque fois vn printemps nous rameine Zephire,
Tosiours ne tonne pas aux montagnes d’Epire.
Et quelque fois le ciel est sans nul tourbillon.

Les deux freres iumeaulx l’vn apres l’autre viuent,
Et les aisons de l’an par ordre s’entresuyuent
Comme le clair iour suyt la tenebreuse nuict:

Bref toute chose au monde ou se change ou se passe,
Si ce n’est le malheur qu’vn Rousseau ne pourchasse
Qui tousiours sans repos me tourmente et me suyt.

Œuvres en rime, Les Amours, Diverses Amours,
Paris, Lucas Breyer, 1573, livre I, f° 175r° [←Gallica].

Ore de mal en bien se veut tourner la chance,
Qui par vn trop long temps a duré contre moy:
Il faut vne autre fois essayer si ma foy
Pourroit bien rencontrer heureuse recompense.

Tousiours la mer grondant contre vn vaisseau ne tance:
L’air serain du fort temps chasse le triste effroy,
Et le Printemps l’Hyuer : le retour doux & coy
De l’amiable paix suit des guerres l’outrance.

Tousiours le flot contraire à ma nef ne sera,
Mais bien tost vn bon vent ses voiles enflera,
Qui la fera surgir à son port desirable.

Tel doux espoir me vient de la gaye douceur,
Qui me rit fauorable en cest œil rauisseur,
De viure autant heureux qu’ay vescu miserable.

Paris, Mammert Parisson, 1575, Artémis, f° 194v° [←Gallica].

Combien que l’Ocean plein de diuinité
Reçoiue le tribut des ruisseaux & fontaine,
Bien que fleuues & lacs se roulent en sa Plaine,
Le reconnoissant pere à leur eternité:

Pourtant il n’est tousiours superbe ou dépité,
Tousiours encontre l’air il n’enfle son haleine,
Et batant ses deux bords tousiours il ne forcene,
Et n’abysme tousiours le Nauire emporté.

Mais l’orgueil impiteux de tes beautez altieres
Ocean de beauté, s’accroist de mes prieres,
Et du tribut des pleurs & soupirs que i’espans:

Si bien que dessus moy s’exerçant ton Empire
Ta cruauté sans treue, agite, roule, & vire
En tempeste d’amour la file de mes ans.

Les Œuvres poétiques, livre I, « Hymne au Roi sur la paix » [extrait],
Paris, Abel L’Angelier, 1578, f° 30v° [←Gallica].

[…] 

Rien ne dure tousiours, tout se change & se tourne,
Et le bien & le mal plus d’vn temps ne seiourne:
Tousiours les Aquilons n’esbranlent les rochers,
Tousiours l’ireuse mer n’engloutit les Nochers,
Tousiours l’air espaissi d’orage & de tonnerre
De gresle à petis bons ne refrappe la terre:
Tousiours il ne fait chaut, & tousiours arriuer
On ne voit sur les monts les bruines d’hyuer:
Tousiours le Tout-voyant, de sa dextre puissante
Ne brandit sur noz chefs la foudre punissante:
Et tousiours sa senestre abondante en bon heur,
Ne nous verse les biens dont il est le donneur.

[…] 

Paris, Abel L’Angelier, 1578, livre II, Amours, XCIX, f° 57v° [←Gallica].

Tousiours de Iupiter le foudroyant tonnerre,
N’escorne estincelant les Rocs fermeplantez:
Tousiours des monts bruslans les gosiers esuentez,
N’emplissent l’air de flame & de cendre la Terre:

Tousiours l’Austre mutin les grands sapins n’atterre,
Tousiours des flots hideux les Cieux ne sont hantez,
Et tousiours des mortels les cueurs espouuentez,
Ne fremissent au choc qu’vn orage desserre:

Tousiours l’alme Soleil loing de noz yeux ne luit,
Tousiours nous ne voyons les horreurs de la nuict,
Et tousiours les enfers ne s’agrauent d’encombres:

Tout change quelquefois dessous le firmament,
Le calme suit l’orage & la clairté les ombres,
Mais mon mal-heureux sort dure eternellement.

Anvers, Christofle Plantin, 1583, Les Jeunesses, livre II, p. 91 [←Gallica].

Tovsiovrs le Dieu qui son tonerre gette,
N’attaint les montz d’Epire au long sourcy:
Pour se vanger sans respit, ou mercy,
Phœbus encor les Gregeoys ne sagette.

Courbant son arc, & laschant sa sagette,
Diane aussi l’amour, & le soucy,
De ses foretz, au tempz mesme adoucy
N’est à chasser incessament sugette.

Donques pourquoy mon desastre, & mon soing,
De mal en pis tousiours s’estend plus loing?
Qui peut causer sa rage, & felonie?

C’est mon Destin, qui prolixe & subtil,
De mes trauaus allonge ainsi le fil:
Et moins i’ay d’heur, & plus d’aise me nie!

Paris, Jean Huguetan, 1583, Amours, livre I, LXXIII, p. 52 [←Gallica].

Le tonnerre pressé d’vn brusque tremblement,
N’eslance pas tousiours sa roideur enflammee,
Le nauire sautant sur la mer agitee
N’est tousiours engoufré par le flot ondoyant:

Les Autans forcenez d’vn rude esbranlement,
N’entremeslent tousiours leur force courroucee,
L’hiuernale blancheur de la neige glacee,
Sur les pins esleuez ne va tousiours roulant.

Ainsi ie ne crois point que l’aigreur soucieuse,
Qui seme dans mon cœur vne humeur douloureuse,
Perseuere tousiours à geiner mes esprits.

Vn temps viendra bien tost qui vuide de misere,
Serenant les eforts de ma tristesse amere,
Apaisera l’horreur du mal qui m’a surpris.

Paris, Thomas Perier, 1585, Élégies, VI [début], f° 63r° [←Gallica].

DV vagueux Ocean les ondes alterees
,, Ne menacent tousiours les voutes ætherees:
,, Tousiours, des mons Riphe’s les sourcilleux coupeaux
,, De maints floccons négeux ne tissent leurs manteaux,
,, Tousiours du noir Autan la flottante Criniere
,, Ne noye les guerets de Ceres la bletiere.
,, Tousiours on ne voit pas de l’Hyuer les glassons,
,, Ny de l’ardent Esté les vtiles moissons,
,, Le Nocher infernal souuente-fois se lasse,
,, Et outre l’Acheron tousiours Manes ne passe.

En fin l’accez fieureux qui furetoit mes os
Me faisant oublier & repas & repos,
Meine mon mal à riue, & sauué du naufrage
Ie couronne ma poupe en l’asseuré riuage.

[…] 

L’Apollon, « plainte amoureuse » [strophes 2 et 3],
Lyon, Pierre Roussin, 1587, f° 58r° [←Gallica].

[…] 

La mer n’est pas tousjours agitée de flots,
Et tousjours il ne nége aus plus hautes montagnes,
Les vens sont quelque fois au fond de l’air enclos,
Sans cesse le Soleil ne brusle les campagnes:
Mais jamais je ne voi qu’vn dous allegement
Mette fin à mes pleurs, à mon sì grief tourment.

Ce beau Printemps fleuri perdra plus tost ses fleurs,
Plus tost la nuit sera sans estoilles luisantes,
Que je voie secher les torrens de mes pleurs,
Que je voie vne fin de mes peines cuisantes;
Plus tost le feu sera sans aucune chaleur,
Que t’émeuuent les crìs de ma triste douleur.

[…] 

Paris, Guillaume Chaudière, 1588, III, 77, f° 67r° [←Gallica].

TOusiours au plain des champs ne tombe le malheur
Tousiours Ceres ne pert ses cheueux aux campagnes
Tousiours n’est foudroyé le pampre des montagnes
Et tousiours l’arbre n’est despouillé de sa fleur.

Tosiours Pales ne pert dans les prez sa couleur
Tousiours ne ment le gland les mois ny les chastaignes
Tousiours ne vient le loup aux camuses compagnes
Et tousiours n’est sur pié le meurtrier ou volleur.

Tousiours l’apparilleur la grange ne despouille
Le gendarme tousiours dans le coffre ne fouille
Et tousiours l’vsurier ne tient son parchemin.
Bref en tous temps le ciel ne darde sur la teste
Du simple vilageois son feu ny sa tempeste
Et en tout temps le mal ne le guette au chemin.

Besançon, Nic. de Moingesse, 1594, CCXXVII, p. 195 [←Gallica].

TOvsiovrs des vens esmeus les soupirs mutinez

Soufflant diuersement ne troublent de Neptune
De contraires effors la demeure commune,
Donnant quelque relasche à leurs cours forcenez:

D’eus mesmes se deffont les mal-heurs obstinez,
Et bien que la vertu demeure tousiours vne
Entre les changemens de l’instable fortune,
Tousiours ne sont heureus les hommes fortunez.

La vertu domte tout & parmi la tourmente
Des accidens mondains tranquille & permanente
Enuoyee en exil ne bouge de son lieu.

Elle luit de soy-mesme & pour la calomnie
Des menteurs mesdisans sa fleur ne chet fanie
Fuyant l’extremité pour loger au milieu.

Le Prélude poétique, Les premières Amours d’Erice,
Paris, Gilles Robinot, 1603, XVII, f° 5r° [←Gallica].

’’   Toute chose prend fin, tout est suiet au change,
’’Tout se perd dans le cours du destin inconstant,
’’Rien ne se void ça bas de ferme & de constant
’’Que le tans à la fin ne tourne & ne mélange.

L’Yuer pour quelque tans se retire & s’estrange,
L’Austre ne va tousiours dans l’onde grommelant
Le foudre en mesme lieu n’est tousiours éclatant,
Tousiours l’horrible Mars aus combats ne se range.

Le tans dissipe tout: il n’est pin orgueilleus,
Ni Palais si hautain, ni roc tant sourcilleus,
Que la force du tans enfin ne déracine,
Bref l’Automne, l’Esté, l’Yuer & le Printans,
Changent tous de saison, l’âge change le tans,
Mais rien ne peut changer la rigueur d’Ericine.

L’Amour victorieux, Sonnets de l’Harmonie,
Paris, Gilles Robinot, 1609, VII, ff. 124v°-125r° [←Gallica].

Tousiours la nuit obscuremant profonde
N’étreint le iour de son voile oublieus:
Tousiours en mer l’orage imperieus
Contre la riue écumant ne redonde.

Tousiours le vant deça, dela ne gronde
Par les foraîs, tousiours l’ire des Cieus
Ne fait trambler, d’vn soufle iniurieus,
En toutes pars la fabrique du monde.

L’orage atire aprés soy le beau tans:
Le froid Hyuer est suiuy du Printans,
Et l’Eté suit la belle Primeuere:

L’Autone vient sur les pas de l’Eté,
L’Hyuer retourne, ainsi (belle) i’espere
Que mon tourmant se verra limité.

























Paris et Alger, Louis Hachette, 1847, pp. 177 & 179 [←Gallica].

À Valgius

Les pluies ne se déversent pas toujours des nuages sur les champs hirsutes, et la mer Caspienne, les vents capri­cieux ne la tourmentent pas toujours, et dans les contrées d’Armé­nie non plus,

ami Valgius, ne reste pas figée la glace pares­seuse tous les mois de l’année, pas plus que sous les Aqui­lons les chênes du Gargan ne vacillent, ni de leurs feuilles ne sont vidés les ornes.

Mais toi, tu poursuis toujours de ta voix plaintive Mystès qui t’a été ravi ; toi, que Vesper se lève ou qu’il fuie le Soleil hâtant son cours, la même passion reste en toi.

Pourtant le vieillard qui vécut trois vies ne pleura pas toutes ces années son aimable Anti­loque ; et l’enfant Troïlus, ses parents et ses sœurs phrygiennes

ne le pleurèrent pas toujours. Cesse enfin tes plaintes languis­santes et chantons plutôt les nou­veaux trophées de César : et le Niphate indo­cile,

et le fleuve de Médie ajouté aux peuples vaincus, qui roulent des tourbil­lons amoin­dris, et les Gélons qui n’élancent plus leurs chevaux que sur les terres étroites qu’on leur a prescrites.

Les Amours augmentées, « À Mellin de Saint-Gelais »,
Paris, veuve Maurice de La Porte, 1553, pp. 247-248 [←Gallica].

TOuiours ne tempeste enragée,
Contre ses bords la mer Egée,
Et touiours l’orage cruel
Des vens, comme vn foudre ne gronde
Elochant la voute du Monde
D’vn soufflement continuel:

Touiours l’hiuer de neiges blanches,
Des Pins n’enfarine les branches:
Et du haut Apennin, touiours
La gréle le dos ne martelle,
Et touiours la glace eternelle
Des fleuues ne bride le cours:

Touiours ne durent orgueilleuses
Les Pyramides sourcilleuses,
Contre la faus du tans vainqueur:
Aussi ne doit l’ire felonne,
Qui de son fiel nous empoisonne,
Durer touiours dedans vn cœur.

Rien sous le ciel ferme ne dure:
Telles lois la sage Nature
Arresta dans ce monde, alors
Que Pyrrhe épandoit sus la terre
Nos aieus conceus d’une pierre

S’amolissante en nouueaus cors.

[…] 

Paris, Vincent Sertenas, 1557, sonnet VIII, f° 5r° [←Gallica].

Tousiours la peste aux Grecs ne decoche Apollon,
Quelque fois il s’esbat à sonner de la lyre,
Quelque fois sur la mer bon vent a le nauire
Et tousiours ne court pas vn oraige felon,

Tousiours l’honneur des champs ne despouille Aquilon
Quelque fois vn printemps nous rameine Zephire,
Tosiours ne tonne pas aux montagnes d’Epire.
Et quelque fois le ciel est sans nul tourbillon.

Les deux freres iumeaulx l’vn apres l’autre viuent,
Et les aisons de l’an par ordre s’entresuyuent
Comme le clair iour suyt la tenebreuse nuict:

Bref toute chose au monde ou se change ou se passe,
Si ce n’est le malheur qu’vn Rousseau ne pourchasse
Qui tousiours sans repos me tourmente et me suyt.

Œuvres en rime, Les Amours, Diverses Amours,
Paris, Lucas Breyer, 1573, livre I, f° 175r° [←Gallica].

Ore de mal en bien se veut tourner la chance,
Qui par vn trop long temps a duré contre moy:
Il faut vne autre fois essayer si ma foy
Pourroit bien rencontrer heureuse recompense.

Tousiours la mer grondant contre vn vaisseau ne tance:
L’air serain du fort temps chasse le triste effroy,
Et le Printemps l’Hyuer : le retour doux & coy
De l’amiable paix suit des guerres l’outrance.

Tousiours le flot contraire à ma nef ne sera,
Mais bien tost vn bon vent ses voiles enflera,
Qui la fera surgir à son port desirable.

Tel doux espoir me vient de la gaye douceur,
Qui me rit fauorable en cest œil rauisseur,
De viure autant heureux qu’ay vescu miserable.

Paris, Mammert Parisson, 1575, Artémis, f° 194v° [←Gallica].

Combien que l’Ocean plein de diuinité
Reçoiue le tribut des ruisseaux & fontaine,
Bien que fleuues & lacs se roulent en sa Plaine,
Le reconnoissant pere à leur eternité:

Pourtant il n’est tousiours superbe ou dépité,
Tousiours encontre l’air il n’enfle son haleine,
Et batant ses deux bords tousiours il ne forcene,
Et n’abysme tousiours le Nauire emporté.

Mais l’orgueil impiteux de tes beautez altieres
Ocean de beauté, s’accroist de mes prieres,
Et du tribut des pleurs & soupirs que i’espans:

Si bien que dessus moy s’exerçant ton Empire
Ta cruauté sans treue, agite, roule, & vire
En tempeste d’amour la file de mes ans.

Les Œuvres poétiques, livre I, « Hymne au Roi sur la paix » [extrait],
Paris, Abel L’Angelier, 1578, f° 30v° [←Gallica].

[…] 

Rien ne dure tousiours, tout se change & se tourne,
Et le bien & le mal plus d’vn temps ne seiourne:
Tousiours les Aquilons n’esbranlent les rochers,
Tousiours l’ireuse mer n’engloutit les Nochers,
Tousiours l’air espaissi d’orage & de tonnerre
De gresle à petis bons ne refrappe la terre:
Tousiours il ne fait chaut, & tousiours arriuer
On ne voit sur les monts les bruines d’hyuer:
Tousiours le Tout-voyant, de sa dextre puissante
Ne brandit sur noz chefs la foudre punissante:
Et tousiours sa senestre abondante en bon heur,
Ne nous verse les biens dont il est le donneur.

[…] 

Paris, Abel L’Angelier, 1578, livre II, Amours, XCIX, f° 57v° [←Gallica].

Tousiours de Iupiter le foudroyant tonnerre,
N’escorne estincelant les Rocs fermeplantez:
Tousiours des monts bruslans les gosiers esuentez,
N’emplissent l’air de flame & de cendre la Terre:

Tousiours l’Austre mutin les grands sapins n’atterre,
Tousiours des flots hideux les Cieux ne sont hantez,
Et tousiours des mortels les cueurs espouuentez,
Ne fremissent au choc qu’vn orage desserre:

Tousiours l’alme Soleil loing de noz yeux ne luit,
Tousiours nous ne voyons les horreurs de la nuict,
Et tousiours les enfers ne s’agrauent d’encombres:

Tout change quelquefois dessous le firmament,
Le calme suit l’orage & la clairté les ombres,
Mais mon mal-heureux sort dure eternellement.

Anvers, Christofle Plantin, 1583, Les Jeunesses, livre II, p. 91 [←Gallica].

Tovsiovrs le Dieu qui son tonerre gette,
N’attaint les montz d’Epire au long sourcy:
Pour se vanger sans respit, ou mercy,
Phœbus encor les Gregeoys ne sagette.

Courbant son arc, & laschant sa sagette,
Diane aussi l’amour, & le soucy,
De ses foretz, au tempz mesme adoucy
N’est à chasser incessament sugette.

Donques pourquoy mon desastre, & mon soing,
De mal en pis tousiours s’estend plus loing?
Qui peut causer sa rage, & felonie?

C’est mon Destin, qui prolixe & subtil,
De mes trauaus allonge ainsi le fil:
Et moins i’ay d’heur, & plus d’aise me nie!

Paris, Jean Huguetan, 1583, Amours, livre I, LXXIII, p. 52 [←Gallica].

Le tonnerre pressé d’vn brusque tremblement,
N’eslance pas tousiours sa roideur enflammee,
Le nauire sautant sur la mer agitee
N’est tousiours engoufré par le flot ondoyant:

Les Autans forcenez d’vn rude esbranlement,
N’entremeslent tousiours leur force courroucee,
L’hiuernale blancheur de la neige glacee,
Sur les pins esleuez ne va tousiours roulant.

Ainsi ie ne crois point que l’aigreur soucieuse,
Qui seme dans mon cœur vne humeur douloureuse,
Perseuere tousiours à geiner mes esprits.

Vn temps viendra bien tost qui vuide de misere,
Serenant les eforts de ma tristesse amere,
Apaisera l’horreur du mal qui m’a surpris.

Paris, Thomas Perier, 1585, Élégies, VI [début], f° 63r° [←Gallica].

DV vagueux Ocean les ondes alterees
,, Ne menacent tousiours les voutes ætherees:
,, Tousiours, des mons Riphe’s les sourcilleux coupeaux
,, De maints floccons négeux ne tissent leurs manteaux,
,, Tousiours du noir Autan la flottante Criniere
,, Ne noye les guerets de Ceres la bletiere.
,, Tousiours on ne voit pas de l’Hyuer les glassons,
,, Ny de l’ardent Esté les vtiles moissons,
,, Le Nocher infernal souuente-fois se lasse,
,, Et outre l’Acheron tousiours Manes ne passe.

En fin l’accez fieureux qui furetoit mes os
Me faisant oublier & repas & repos,
Meine mon mal à riue, & sauué du naufrage
Ie couronne ma poupe en l’asseuré riuage.

[…] 

L’Apollon, « plainte amoureuse » [strophes 2 et 3],
Lyon, Pierre Roussin, 1587, f° 58r° [←Gallica].

[…] 

La mer n’est pas tousjours agitée de flots,
Et tousjours il ne nége aus plus hautes montagnes,
Les vens sont quelque fois au fond de l’air enclos,
Sans cesse le Soleil ne brusle les campagnes:
Mais jamais je ne voi qu’vn dous allegement
Mette fin à mes pleurs, à mon sì grief tourment.

Ce beau Printemps fleuri perdra plus tost ses fleurs,
Plus tost la nuit sera sans estoilles luisantes,
Que je voie secher les torrens de mes pleurs,
Que je voie vne fin de mes peines cuisantes;
Plus tost le feu sera sans aucune chaleur,
Que t’émeuuent les crìs de ma triste douleur.

[…] 

Paris, Guillaume Chaudière, 1588, III, 77, f° 67r° [←Gallica].

TOusiours au plain des champs ne tombe le malheur
Tousiours Ceres ne pert ses cheueux aux campagnes
Tousiours n’est foudroyé le pampre des montagnes
Et tousiours l’arbre n’est despouillé de sa fleur.

Tosiours Pales ne pert dans les prez sa couleur
Tousiours ne ment le gland les mois ny les chastaignes
Tousiours ne vient le loup aux camuses compagnes
Et tousiours n’est sur pié le meurtrier ou volleur.

Tousiours l’apparilleur la grange ne despouille
Le gendarme tousiours dans le coffre ne fouille
Et tousiours l’vsurier ne tient son parchemin.
Bref en tous temps le ciel ne darde sur la teste
Du simple vilageois son feu ny sa tempeste
Et en tout temps le mal ne le guette au chemin.

Besançon, Nic. de Moingesse, 1594, CCXXVII, p. 195 [←Gallica].

TOvsiovrs des vens esmeus les soupirs mutinez

Soufflant diuersement ne troublent de Neptune
De contraires effors la demeure commune,
Donnant quelque relasche à leurs cours forcenez:

D’eus mesmes se deffont les mal-heurs obstinez,
Et bien que la vertu demeure tousiours vne
Entre les changemens de l’instable fortune,
Tousiours ne sont heureus les hommes fortunez.

La vertu domte tout & parmi la tourmente
Des accidens mondains tranquille & permanente
Enuoyee en exil ne bouge de son lieu.

Elle luit de soy-mesme & pour la calomnie
Des menteurs mesdisans sa fleur ne chet fanie
Fuyant l’extremité pour loger au milieu.

Le Prélude poétique, Les premières Amours d’Erice,
Paris, Gilles Robinot, 1603, XVII, f° 5r° [←Gallica].

’’   Toute chose prend fin, tout est suiet au change,
’’Tout se perd dans le cours du destin inconstant,
’’Rien ne se void ça bas de ferme & de constant
’’Que le tans à la fin ne tourne & ne mélange.

L’Yuer pour quelque tans se retire & s’estrange,
L’Austre ne va tousiours dans l’onde grommelant
Le foudre en mesme lieu n’est tousiours éclatant,
Tousiours l’horrible Mars aus combats ne se range.

Le tans dissipe tout: il n’est pin orgueilleus,
Ni Palais si hautain, ni roc tant sourcilleus,
Que la force du tans enfin ne déracine,
Bref l’Automne, l’Esté, l’Yuer & le Printans,
Changent tous de saison, l’âge change le tans,
Mais rien ne peut changer la rigueur d’Ericine.

L’Amour victorieux, Sonnets de l’Harmonie,
Paris, Gilles Robinot, 1609, VII, ff. 124v°-125r° [←Gallica].

Tousiours la nuit obscuremant profonde
N’étreint le iour de son voile oublieus:
Tousiours en mer l’orage imperieus
Contre la riue écumant ne redonde.

Tousiours le vant deça, dela ne gronde
Par les foraîs, tousiours l’ire des Cieus
Ne fait trambler, d’vn soufle iniurieus,
En toutes pars la fabrique du monde.

L’orage atire aprés soy le beau tans:
Le froid Hyuer est suiuy du Printans,
Et l’Eté suit la belle Primeuere:

L’Autone vient sur les pas de l’Eté,
L’Hyuer retourne, ainsi (belle) i’espere
Que mon tourmant se verra limité.

























textes originaux
[R]

 

En ligne le 20/02/18.
Dernière révision le 24/06/18.