Le topos des impossibles
(adynata)
Dernier poème en ligne :
Ronsard : Je veux en lieu des cieux…
 


Topos des
ady­nata :
86 textes
Virgile
1ersiècle [1473]
~ Ante leves ergo…
Ovide
1ersiècle [1492]
~ In caput alta suum…
Marot
1532
~ Doncques plutôt…
François Habert
1541
~ Recevez donc…
1549
~ Celui qui voir…
~ Plutôt poissons…
Scève
1544
~ Plutôt seront Rhône… (s.p.)
Tyard
1549
~ Ma Dame alors… (s.p.)
~ Ô, de mon jour…
Du Bellay
1550
~ Me soit amour… (s.p.)
~ Quand la fureur… (s.p.)
1553
~ Plutôt les Cerfs…
Ronsard
1552
~ Plutôt le bal…
~ Que tout partout…
~ Que Gâtine ait…
~ Un grand rocher…
1578
~ Je veux en lieu des cieux…
Des Autels
1553
~ Donc maintenant…
Tahureau
1554 [1870]
~ Plutôt le chariot…
Fontaine
1555
~ Plutôt (j’ai dit)…
Philieul
1555
~ Je n’eus jamais… (Canz. 237) (s.p.)
Baïf
1555
~ À rames voguera…
~ Plus mon désir s’accroît…
~ Tout tel que j’ai été… (s.p.)
La Péruse
1555
~ Cesser, chère Nourrice ?…
Pasquier
1555
~ Plutôt des dieux…
Vauquelin
1555 [1872]
~ Je chasse en mer…
1586 [1872]
~ Ciel, vous êtes cruel !…
Magny
1557
~ J’ai dit cent fois, Pascal…
~ Doncques il sera vrai… (s.p.)
~ Après avoir, PASCHAL… (s.p.)
Bugnyon
1557
~ Malgré le sort…
La Gravière
1558
~ Trouver le feu…
Buttet
1561
~ Plutôt sera l’aigle en l’onde…
~ Un lourd esprit…
~ Il me souvient… (s.p.)
~ Tu pourras bien…
~ Quand le clair ciel…
Robert Garnier
1568
~ Plutôt, du jour flambant…
1579
~ Que bien vrai le chantre sacré…
1582
~ Pourquoi pour le péché…
Belleau
1572
~ Plutôt la terre avortera…
~ Ainsi que les lauriers…
Turrin
1572
~ Je ne voulais jamais…
~ Chênes coulez le miel…
Goulart
1574
~ Quand sans neige…
Chantelouve
1576
~ Plutôt Jupin…
de Brach
1576
~ Mais non, mais non… (s.p.)
Le Saulx
1577
~ Plutôt de l’Univers…
~ Plutôt le ciel voûté…
Hesteau
1578
~ Plutôt on pourra voir…
~ Aime-moi mon Thyrsis…
~ Aussitôt on verra…
Catherine Des Roches
1579
~ Belle plutôt les eaux…
La Jessée
1583
~ Que toutes nos forêts…
~ Plutôt en paix…
~ Les Cerfs légers…
~ Quand l’amitié… (s.p.)
~ Plutôt la terre ingrate…
~ Va cruelle Érinnys…
Cornu
1583
~ Plutôt du ciel astré…
~ Plutôt au ciel astré…
~ Avant que Phelipot…
Jamyn
1584 [1879]
~ L’été sera l’hiver…
Joseph Du Chesne
1584
~ Fais plutôt par la bonté tienne…
~ Que plutôt les Autans…
Du Buys
1585
~ De notre Odet…
Birague
1585
~ Ô cœur triste et pensif…
d’Avost
1587
~ La mer n’est pas toujours…
Le Poulchre
1587
~ Ah de qui misérable… (s.p.)
Poupo
1590
~ Mais plutôt les poissons…
Brisset
1590
~ Moi, méchant, que je touche… (s.p.)
~ Quel nouveau changement !… (s.p.)
Chandieu
1591
~ Quand on arrêtera…
~ Plutôt on pourra faire…
Expilly
1596
~ Avant qu’une autre Dame…
Lasphrise
1597
~ Que nous servent les biens…
~ Plutôt le monde…
~ Je penserais plutôt…
~ La Courtisane…
Grisel
1599
~ Plutôt le ciel voûté…
Claude Garnier
1609
~ Devant que l’attrait… (s.p.)
~ Mes ans plus beaux…
~ Est-ce inhumaine… (s.p.)
~ Plutôt seront les ondes…
~ Ni mont, ni roc…

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Accu­muler des impossi­bilia (du latin) ou ady­nata (du grec – sing. ady­naton), c’est à dire des boule­ver­sements incon­ce­vables dans l’ordre cosmique ou naturel, en préambule de l’affir­mation hyper­bo­lique d’une constance dans la foi amou­reuse, ou la foi reli­gieuse, voire dans la haine contre un méchant, est un topos auquel il est peu de poètes du seizième siècle qui ne se soient essayés.

Dans la liste ci-contre, les poèmes marqués "s.p." (sans préambule) sont les poèmes dans lesquels le topos des impos­sibles constitue le propos du poème, ou est employé en supplément du propos, quand dans tous les autres il l’est en préambule.

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Recension, par Pierre BOYANCÉ, dans la Revue des Études anciennes, Bordeaux, Janvier-Mars 1937, p. 281 [gallica, N0069273_PDF_289], de l’ouvrage d’E. Dutoit sur l’ady­naton :
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Ernest Dutoit, Le thème de l’« ady­naton » dans la poésie antique. Paris, les Belles Lettres, 1936 ; 1 vol. in-8°, xiv-177 pages.
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« On verra les cerfs agiles paître dans l’éther et les mers aban­donner les poissons à nu sur le rivage : on verra, après avoir dans leur exil parcouru les terres les uns des autres, les Parthes boire l’eau de la Saône, ou la Germanie boire celle du Tigre, avant que les traits de ce héros s’effacent de notre cœur » (trad. Goelzer). Chacun connaît ces vers de Virgile. On y voit employé un procédé d’expression que M. Dutoit déclare n’être pas une figure de rhétorique à proprement parler, « mais bien plutôt… une forme de langage qui ne se laisse heureu­sement pas réduire à la notion d’un pur σχημα et qui est quelque chose de plus vivant, de plus varié… ». C’est « le thème de l’ady­naton ».

M. Dutoit en suit l’histoire à travers la poésie grecque, puis à travers la poésie latine. Une série d’exemples sont étudiés avec une finesse exacte, qui ne recule pas devant la discussion des sens contro­versés et qui contribue ainsi heureu­sement à l’exégèse des passages que la discussion uti­lise. Et le séjour n’est point sans agrément, en la compagnie de ce guide, dans ce « monde renversé » de l’ady­naton.

On constate que la poésie grecque a fait du thème un usage à la fois très restreint et très varié ; il a son origine dans le parler popu­laire et il reste en Grèce une forme du langage vivant. À Rome, on assiste à une évo­lution : alors que chez Plaute il revêt une forme très natu­relle, l’époque classique lui fait subir une éla­bo­ration litté­raire très sensible. Ovide aura « le privi­lège assu­rément peu enviable d’être le poète de l’ady­naton ». […]

[R]









« Tant qu’il restera sur cette Terre un seul homme vaquant à autre chose qu’à la lecture de son nouveau livre, il sera mécontent. Tant que les fleurs, brusquant le cours de l’évo­lution, ne se doteront pas de deux yeux ardents pour le lire, tant que les feuilles des arbres ne seront pas ses pages, il sera vert. Tant que le perroquet ne réci­tera pas ses poèmes, tant que le ruisseau ne murmu­rera pas ses mots et que la carpe, sortant de ce mutisme vexant, ne les clamera pas à son tour de rive en rive, il s’esti­mera floué, incompris, mal-aimé, injus­tement traité, honteu­sement mésestimé. L’écrivain serait-il cet éternel insa­tisfait ? Il s’en trouve, on en connaît. »,
Eric Chevillard, « Tristesse de l’invendu », Le Monde, vendredi 14 octobre 2016.

En ligne le 28/06/07.
Dernière révision le 19/03/17.