Le topos des impossibles
(adynata)
Dernier poème en ligne :
Pétrarque : Di dì in dì
 


Topos des
ady­nata :
100 poèmes
Virgile
1ersiècle av. J.C. [1473]
Ante leves ergo…
Ovide
1ersiècle [1492]
In caput alta suum…
Pétrarque
xivsiècle [1545]
Di dì in dì… (s.p.) (Canz., 195)
Marot
1532
Doncques plutôt…
Salel
1540
D’où vient ceci ?…
François Habert
1541
Recevez donc…
1549
Ce que j’en dis…
Plutôt poissons…
Scève
1544
Plutôt seront Rhône… (s.p.)
Forcadel
1548
Je n’estimai…
Philieul
1548 [1555]
De jour en jour… (Canz. 195)
Je n’eus jamais… (Canz. 237) (s.p.)
Tyard
1549
Ma Dame alors… (s.p.)
1551
Ô, de mon jour…
Du Bellay
1550
Me soit amour… (s.p.)
Quand la fureur… (s.p.)
1553
Plutôt les Cerfs…
Ronsard
1552
Plutôt le bal…
Que tout par­tout…
Que Gâtine ait…
Un grand rocher…
1578
Je veux en lieu des cieux…
Des Autels
1553
Donc maintenant…
Magny
1553
Plutôt la mer…
1557
J’ai dit cent fois, PASCHAL…
Doncques il sera vrai… (s.p.)
Après avoir, PASCHAL… (s.p.)
Tahureau
1554 [1870]
Plutôt le chariot…
Fontaine
1555
Plutôt (j’ai dit)…
Baïf
1555
À rames voguera…
Plus mon désir s’accroît…
Tout tel que j’ai été… (s.p.)
1573
Plutôt seront haïs…
La Péruse
1555
Cesser, chère Nour­rice ?…
Pasquier
1555
Plutôt des dieux…
Vauquelin
1555 [1872]
~ Je chasse en mer…
1586 [1872]
~ Ciel, vous êtes cruel !…
Bugnyon
1557
Malgré le sort…
La Gravière
1558
Trouver le feu…
Buttet
1561
Plutôt sera l’aigle en l’onde…
~ Un lourd esprit…
~ Il me souvient… (s.p.)
~ Tu pourras bien…
~ Quand le clair ciel…
Robert Garnier
1568
Plutôt, du jour flambant…
1573
Si Vénus une fois…
Pourquoi pour le péché…
1574
Le temps modère tout…
1579
~ Que bien vrai le chantre sacré…
Belleau
1572
Plutôt la terre avor­te­ra…
~ Ainsi que les lauriers…
Turrin
1572
Je ne voulais jamais…
Chênes coulez le miel…
Goulart
1574
Quand sans neige…
Chantelouve
1576
Plutôt Jupin…
de Brach
1576
~ Mais non, mais non… (s.p.)
Le Saulx
1577
Plutôt de l’Univers…
Plutôt le ciel voûté…
Du Bartas
1578
~ Et de vrai, si d’un rien…
Hesteau
1578
~ Plutôt on pourra voir…
~ Aime-moi mon Thyrsis…
~ Aussitôt on verra…
Pontoux
1579
~ Plutôt ardra…
Catherine Des Roches
1579
~ Belle plutôt les eaux…
La Jessée
1583
~ Que toutes nos forêts…
~ Plutôt en paix…
~ Les Cerfs légers…
~ Quand l’amitié… (s.p.)
Plutôt la terre in­grate…
~ Va cruelle Érin­nys…
Cornu
1583
~ Plutôt du ciel astré…
Plutôt au ciel astré…
Avant que Phelipot…
Jamyn
1584 [1879]
L’été sera l’hiver…
Joseph Du Chesne
1584
Fais plutôt par la bon­té tienne…
Que plutôt les Autans…
Du Buys
1585
~ De notre Odet…
Birague
1585
Ô cœur triste et pen­sif…
Chandieu
1587
~ Quand on arrê­te­ra…
~ Plutôt on pour­ra faire…
d’Avost
1587
~ Plutôt le feu serait…
~ La mer n’est pas tou­jours…
Le Poulchre
1587
~ Ah de qui misé­rable… (s.p.)
Brisset
1589
~ Moi, méchant, que je touche… (s.p.)
~ Quel nouveau change­ment !… (s.p.)
Plutôt, plutôt la mer…
Poupo
1590
~ Mais plutôt les poissons…
Louven­court
1595
~ Baisers doux, et mignards…
Expilly
1596
Avant qu’une autre Dame…
Lasphrise
1597
~ Que nous servent les biens…
Plutôt le monde…
Je pense­rais plutôt…
~ La Courti­sane…
Grisel
1599
~ Plutôt le ciel voûté…
Montchres­tien
1601
~ Par toi vont commen­cer… (s.p.)
Claude Garnier
1609
~ Devant que l’attrait… (s.p.)
~ Mes ans plus beaux…
~ Est-ce inhu­maine… (s.p.)
~ Plutôt seront les ondes…
~ Ni mont, ni roc…

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Accu­muler des impossi­bi­lia (du latin) ou ady­na­ta (du grec – sing. ady­na­ton), c’est à dire des bou­le­ver­se­ments incon­ce­vables dans l’ordre cos­mique ou natu­rel, en préam­bule du ser­ment de res­ter cons­tant dans la foi amou­reuse, ou la foi reli­gieuse, voire dans la haine contre un mé­chant, est un topos auquel il est peu de poètes du sei­zième siècle qui ne se soient essayés.

Dans la liste ci-contre, les poèmes mar­qués "s.p." (sans pré­am­bule) sont les poèmes dans les­quels le topos des impos­sibles cons­ti­tue le pro­pos du poème, ou est em­ployé en sup­plé­ment du pro­pos, quand dans tous les autres il l’est en préam­bule.

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Recension, par Pierre BOYANCÉ, dans la Revue des Études anciennes, Bordeaux, Janvier-Mars 1937, p. 281 [gallica, NUMM-69273, PDF_289], de l’ouvrage d’E. Dutoit sur l’ady­naton :
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Ernest Dutoit, Le thème de l’« ady­naton » dans la poésie antique. Paris, les Belles Lettres, 1936, 1 vol. in-8°, xiv-177 pages.

« On verra les cerfs agiles paître dans l’éther et les mers aban­don­ner les poissons à nu sur le rivage : on verra, après avoir dans leur exil parcouru les terres les uns des autres, les Parthes boire l’eau de la Saône, ou la Germa­nie boire celle du Tigre, avant que les traits de ce héros s’effacent de notre cœur » (trad. Goelzer). Chacun connaît ces vers de Virgile. On y voit employé un procé­dé d’expres­sion que M. Dutoit déclare n’être pas une figure de rhéto­rique à proprement parler, « mais bien plutôt… une forme de langage qui ne se laisse heureu­se­ment pas réduire à la notion d’un pur σχημα et qui est quelque chose de plus vivant, de plus varié… ». C’est « le thème de l’ady­naton ».

M. Dutoit en suit l’histoire à travers la poésie grecque, puis à travers la poésie latine. Une série d’exemples sont étudiés avec une finesse exacte, qui ne recule pas devant la discussion des sens contro­ver­sés et qui contri­bue ainsi heureu­se­ment à l’exé­gèse des passages que la discus­sion uti­lise. Et le séjour n’est point sans agrément, en la compagnie de ce guide, dans ce « monde renversé » de l’ady­naton.

On constate que la poésie grecque a fait du thème un usage à la fois très restreint et très varié ; il a son origine dans le parler popu­laire et il reste en Grèce une forme du langage vivant. À Rome, on assiste à une évo­lution : alors que chez Plaute il revêt une forme très natu­relle, l’époque classique lui fait subir une éla­bo­ration litté­raire très sensible. Ovide aura « le privi­lège assu­ré­ment peu enviable d’être le poète de l’ady­naton ». […]

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« à certains endroits, le cours du fleuve Mis­sis­sip­pi s’est même par­tiel­le­ment inver­sé »
Perrine Mouterde, « La Loui­siane frap­pée par l’oura­gan Ida »,
Le Monde, mardi 31 août 2021.

« Tant qu’il restera sur cette Terre un seul homme vaquant à autre chose qu’à la lecture de son nouveau livre, il sera mécontent. Tant que les fleurs, brusquant le cours de l’évo­lution, ne se doteront pas de deux yeux ardents pour le lire, tant que les feuilles des arbres ne seront pas ses pages, il sera vert. Tant que le per­ro­quet ne réci­te­ra pas ses poèmes, tant que le ruis­seau ne mur­mu­re­ra pas ses mots et que la carpe, sor­tant de ce mutisme vexant, ne les cla­me­ra pas à son tour de rive en rive, il s’esti­me­ra floué, incom­pris, mal-aimé, injus­te­ment traité, hon­teu­se­ment méses­ti­mé. L’écri­vain serait-il cet éter­nel insa­tis­fait ? Il s’en trouve, on en connaît. »
Eric Chevillard, « Tristesse de l’invendu »,
Le Monde, vendredi 14 octobre 2016.

En ligne le 28/06/07.
Dernière révision le 10/10/21.