Pierre de RONSARD
(1524-1585)
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Amours d’Eurymédon et de Callirée

Sonnets pour Hélène, II

Amours diverses

Les Œuvres, 1584
Amours de Cassandre






~#~







…et mes livres, que j’aime

Plus mille fois,

que toi,

ni que moi-même.



SAINTE-BEUVE, 1876.
~ Mlle de Gournay
et les défenseurs
de Ronsard après sa mort ~

En 1623, c’est-à-dire cinq années seule­ment avant la mort de Malherbe, parut sous les auspices de Nico­las Riche­let la magni­fique édi­tion in-folio de Ronsard. Ce fut comme autour de ce monu­ment sacré que se rallièrent pour une dernière fois les défen­seurs du poëte ; ils voulaient, ainsi qu’un d’entre eux l’a dit, arra­cher du tombeau de leur maître cette mauvaise herbe (mala herba) qui étouf­fait son laurier. Claude Garnier, D’Urfé, Des Yveteaux, Hardy, Guillaume Colletet, Porchères, La Mothe-Le-Vayer, figurent au premier rang parmi ces champions de la vieille cause ; mais aucun d’eux n’appor­ta dans la querelle autant d’ardeur et moins de ména­ge­ments que la fille adop­tive de Montaigne, la digne et respec­table made­moi­selle de Gournay. Cette savante demoi­selle rendait à la mémoire de Ronsard le même culte de véné­ra­tion qu’à celle de son père d’alliance, et elle avait en quelque sorte consa­cré le reste de sa vie au service et à l’entre­tien de leurs deux autels. Lorsqu’elle vit la critique gramma­ti­cale qui n’épar­gnait pas Montaigne s’achar­ner sur Ronsard, et rele­ver dans ses œuvres les tours iné­lé­gants et les mots suran­nés, elle eut un moment l’idée de retou­cher et de polir à sa façon les poésies du Chantre vendô­mois, puis de les donner au public comme un texte nouvel­le­ment décou­vert. On savait en effet que, durant les dernières années de sa vie, Ronsard avait tenté de rema­nier ses premiers ouvrages. Mais Colletet, qu’elle consul­ta au sujet de cette fraude pieuse, l’en détour­na comme d’un sacri­lège. Elle se borna donc à guerroyer pour Ronsard et les vieux en chaque occa­sion, toujours sans succès, souvent avec raison et justice. Nous cite­rons, de ses divers opus­cules trop peu connus, quelques passages non moins remar­quables par l’audace des doctrines que par la viri­li­té de l’expres­sion :

« Ô Dieu, dit-elle dans son Traité des Méta­phores, quelle mala­die d’esprit est celle de certains poëtes et censeurs de ce temps, sur le langage et sur la poésie spécia­le­ment héroïque, plus éman­ci­pée ! Voyez-les éclairer et tonner sur la correc­tion de ces deux matières : est-il rien de plus merveil­leux ? Et combien est-il merveil­leux encore qu’un des points capi­taux de leur règle soit l’inter­dic­tion abso­lue des méta­phores, hors celle qui courent les rues !… Éclats et censures, s’il vous plaît, non seule­ment pour dégra­der les Muses de leur majes­té superbe, quand ils ne les dégra­de­roient que du seul droit des méta­phores, mais aussi pour les emba­boui­ner de sornettes et pour les parer de bijoux de verre comme épou­sées de village, au lieu de les orner et les orien­ter de perles et de diamants, à l’exemple des grandes princesses… Regar­dons, je vous supplie, si les Arts poé­tiques d’Aris­tote, de Quinti­lien, d’Horace, de Vida, de Scali­ger et de plusieurs autres, se fondent, comme celui des gens dont il est question, sur la grammaire, mais encore une grammaire de rebut et de destruc­tion, non de culture, d’accrois­se­ment et d’édi­fi­ca­tion… Vous diriez, à voir faire ces messieurs, que c’est ce qu’on retranche du vers, et non pas ce qu’on y met, qui lui donne prix ; et, par les degrés de cette consé­quence, celui qui n’en feroit point du tout seroit le meilleur poëte… Certes, aimerois-je autant voir jouer de l’épi­nette sur un ais que d’ouïr ou de parler le langage que la nouvelle bande appelle mainte­nant pur et poli… Belle chose vraiment pour tant de personnes qui ne savent que les mots, s’ils savent persua­der au public qu’en leur distri­bu­tion gise l’essence et la quali­té d’un écri­vain !… […] Que nous profite aussi d’être riches en polis­sure, si nous polis­sons une crotte de chèvre ?… »

Dans une sorte de pamphlet apo­logé­tique adres­sé à Mme Des Loges et inti­tu­lé Défense de la Poé­sie et du Langage des Poëtes, Mlle de Gournay attaque la question encore plus au vif, s’il est possible :

« Je sors, s’écrie-t-elle en son exorde ab irato, je sors d’un lieu où j’ai vu jeter au vent les véné­rables cendres de Ronsard et des poëtes ses contem­po­rains, autant qu’une impu­dence d’igno­rants le peut faire, brossant en leurs fantai­sies, comme le sanglier échauf­fé dans une forêt… »

C’est là qu’il faut l’entendre magni­fi­que­ment parler des

« œuvres si plantu­reuses de cette compa­gnie de Ronsard, œuvres relui­santes d’hypo­ty­pose ou peinture, d’inven­tion, de hardiesse, de géné­ro­si­té, et dont la vive, floride et poé­tique richesse auto­ri­se­roient trois fois autant de licences, s’ils les avoient usur­pées. […] »

Ainsi disait Mlle de Gournay ; mais de si élo­quentes lamen­ta­tions furent géné­ra­le­ment mal comprises, et ne servirent qu’à lui donner, parmi les lettrés à la mode, la ridi­cule répu­ta­tion d’une sybille octo­gé­naire, gardienne d’un tombeau. Ce fut donc au milieu des rires et des quoli­bets qu’elle chanta l’hymne funé­raire de cette école expi­rante, dont quatre-vingts années aupa­ra­vant, Du Bellay avait enton­né l’hymne de départ et de conquête, au milieu de tant d’applau­dis­se­ments et de tant d’espé­rances.

SAINTE-BEUVE,
Tableau de la Poésie française au XVIe siècle,
édition définitive, 1876, tome premier, pp. 275-282
[Gallica, NUMM-39247, PDF_340_347].



Liens

Émissions

* Une liste des ressources sonores sur l’Inter­net pour la lecture et l’étude de Ronsard est dispo­nible, parmi d’autres ressources sonores sur la litté­ra­ture française, sur la page Flenet (Français langue étran­gère et Inter­net) de l’Univer­si­té de León [source : Fabula].

[liens valides au 07/04/18]


* Les 30 extra­or­di­naires émis­sions d’Une histoire langa­gière de la litté­ra­ture d’Henri Van Lier (diffu­sées pour la première fois sur France Culture en 1989) peuvent être écou­tées sur une page du site anthro­po­genie.com. La quatrième de ces émis­sions est consa­crée à Maurice Scève et à Ronsard, entre autres poètes du seizième siècle.

[liens valides au 07/04/18]


Compte-rendu de publication

* On peut lire, sur Fabula, Ronsard, le sang et l’amour, compte-rendu par Claire Bottineau de Le sang embau­mé des roses. Sang et passion dans la poésie amou­reuse de Pierre de Ronsard, livre de Marc Carnel paru chez Droz en 2004.

[liens valides au 07/04/18]





En ligne le 01/01/05.
Dernière révision le 01/07/18.