Claude GARNIER
(?-v. 1630)
Dernier poème en ligne :
1609 : Quelle splendeur…

Heureux qui voit la beauté que j’admire,
Et plus heureux qui nage en ses discours.






 
 

À Monsieur de Luyne
Gouverneur d’Amboise

Tout le monde est pourvu, chez le Roi, chez la Reine
Chez Monsieur, chez Madame, en se louant du temps;
Et rien ne m’est échu depuis quinze bons ans,
Pour avoir tant rimé, qu’une espérance vaine.

On m’a fait élever des Palais sur l’arène,
Et me suis vu tout d’or en la bouche des grands,
Cependant leur faveur a mis dessus les rangs,
En me laissant à part, des gens à la douzaine.

Et je n’en dirai mot ? Je ne m’en tairai pas :
Il faut que plus d’un siècle en témoigne ici-bas
La honte à l’avenir. Ô Luyne favorise

La Muse que je sers pour en servir le Roi :
Si tu daignes reluire en si digne entreprise
Ce qu’elle eût fait pour tous, il sera fait pour toi.

« Claude Garnier, poète royal comme il se proclamait, n’était guère favorisé ni du Roi, ni des grands seigneurs, ce sonnet traduit ses doléances. »
Frédéric Lachèvre,
« Supplément à la bibliographie de Claude Garnier, poète royal »,
Revue des livres anciens, tome I,
Paris, Fontemoing & Cie, 1914, p. 219
[Gallica, NUMM-32739, PDF_223].

 
L’abbé GOUJET, 1752
 

CLAUDE GARNIER.

Claude Garnier était aussi connu de Durant de La Berge­rie[1]. C’était un Gentil­homme Pari­sien, qui fit des vers dès l’âge de seize ans, et qui en compo­sa tant qu’il vécut. Il était encore au monde en 1615 puisque, selon M. de Beauchamps, il donna cette année une Pasto­rale. C’est tout ce que je sais de sa vie. Ses Poé­sies furent impri­mées en 1609, dédiées à Louise de Lorraine, Princesse de Conti, et à Cathe­rine de Gonzagues, Duchesse de Longue­ville.

Dans l’Avant-propos, l’Auteur se plaint de l’Envie, qui s’était, dit-il, atta­chée à ses ouvrages dès qu’ils parurent. Il avoue qu’il ne la vit pas d’abord sans peine ; mais qu’ensuite il s’appri­voi­sa avec elle. Il aurait mieux fait de la mépri­ser, et de la forcer à se taire par ses vertus et le bon usage de ses talents. Il vante son amour pour l’anti­qui­té ; mais tout cet amour s’était borné à lire dès sa première jeunesse, quelques anciens Poètes grecs et latins. Il se déclare parti­san de Ronsard : ce n’était pas donner preuve de la bonté de son goût ; et sur l’auto­ri­té de ce Poète, il justi­fie sa manière d’ortho­gra­phier, qui est un peu bizarre, quoique moins défi­gu­rée que celle de plusieurs autres Poètes du même temps. Il ajoute, qu’il rete­nait encore au coffre pour cette heure dix ou douze mille vers. Quelle fécon­di­té ! Il y en avait sur la naisance, le baptême, l’instruc­tion de M. le Dauphin : puis, diverses Poé­sies d’Amour, dont il présente pour échantil­lon seule­ment deux-cents Sonnets, afin, dit-il, d’entre­te­nir ses envieux. Avec ces deux-cents Sonnets, Garnier nous donne un fort long Poème, en quatre chants, inti­tu­lé, L’Amour victo­rieux. Ce Poème n’est point en vers héroïques, mais en vers de six syllabes ; et dès le commen­ce­ment, le Poète a soin de nous apprendre, qu’il avait déjà écrit dans le même genre, même sur les sujets les plus dignes d’être l’objet de la Poé­sie. C’est trop, dit-il, chanter les Rois,

C’est trop user ma voix
En faveur de leur gloire.
Ha ! filles de Mémoire !
C’est trop, divines sœurs,
Implorer vos douceurs,
Afin que leur nom dure
À la race future....
Je vois bien que mes vers
Ni leurs sujets divers
Assez recommandables,
Ne leur sont agréables.

Le Louvre, Saint Germain, Villers-Cotte­rêts, Monceaux, Fontai­ne­bleau, et les autres maisons royales,

Et tes bois montagneux
Issus de mes ayeux,
Ô Fontenay chérie
Des Nymphes de la Brie !

avaient reten­ti de ses chants. Il avait pour eux devancé les ailes de son âge. Qu’en avait-il rempor­té ? quelque­fois des louanges stériles, souvent peu d’atten­tion, plus souvent les traits de l’envie. […] 

L’abbé GOUJET,
Bibliothèque française,
ou Histoire de la Littérature française,
tome XIV, 1752, pp. 235-238
[Gallica, NUMM-50657, PDF_238_241]
(texte modernisé).


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Notes

[1] La « vie » de Claude Garnier succède dans la Biblio­thèque de l’abbé Goujet à celle de Gilles Durant de La Berge­rie.





Liens

Anthologie

* On peut lire un sonnet (retenu par Jacques Roubaud dans Soleil du Soleil), Blanche est la nége encore non touchée…, dans une page de l’anthologie plurilingue Words, words, words de Henk Lensen.




En ligne le 04/05/05.
Dernière révision le 18/10/18.