Olivier de MAGNY
(1529-1561)
Dernier poème en ligne :
1557 : Comme un blanc à sagette…

Quand je vois qu’elle écrit,

soudain je m’émerveille

De ses traits singuliers

coulant disertement



Florence DELAY,
L’insuccès de la fête,
roman,
Gallimard, 1980

Chez Olivier de Magny. Envoyé en mis­sion dans le Péri­gord, le Rouergue, le Quer­cy. Quand Magny était sur le départ, à cause du parti à prendre entre les vête­ments et les livres, ou sur le point de retour­ner, à cause de tout ce qu’il avait ache­té, parti­cu­liè­re­ment de vête­ments et de livres, qui ne ren­traient plus dans les malles, il se mettait à haïr le dessein même de dépla­ce­ment. Et cette fois sans espoir c’est-à-dire sans femme, vers aucune d’entre elles. Il ne pouvait plus en péné­trer une sans l’infes­ter, il ne pouvait plus leur offrir que le service de sa main. Mais il ne pensait pas exclu­si­ve­ment à elles, il pensait à son mal, sur le point de retrou­ver son castel de Magny près de Castel­nau, et à Cahors la maison de sa mère sur la Carriera Major, avec son mal. Il n’aurait plus jamais le cœur d’écrire : petit jardin petite plaine petit bois petite fontaine et petits coteaux d’alen­tour. Le cocher la voiture avec le jour allaient venir. Lorsqu’on l’appe­la par son nom. Il enten­dit quelqu’un appe­ler sans crier. Le danois bleu se mit à gronder.

[…]

Jodelle monta quatre à quatre, il mépri­sait la lenteur des marches. Sur le seuil il eut une sorte de pressen­ti­ment et quand il se trouva au milieu de la pièce boule­ver­sée il fut sur le point de se trouver mal. Le boule­ver­sé c’était lui, proje­té au milieu d’un désordre riche et léger qu’il ne connais­sait pas, désordre enne­mi parce qu’il ressem­blait si peu au sien. Une selve d’habits démul­ti­pliait Magny en autant d’hommes qu’il avait été en chacun de ses cos­tumes et mo­ments du jour, de la cape ourlée de loutre du matin à la robe de chambre en velours du soir, qui s’ouvre sur un fourreau de dentelle. Jodelle en fut retour­né. La légè­re­té et l’amour qu’on se prodigue à soi-même le circon­ve­naient. Il était subju­gué par cette suite éparse d’habits jetés, pendus, pliés, ce fouillis de bottes, cuirs, chausses, four­rures, man­teaux, pour­points, bro­carts, damas, matières qu’il était inca­pable de recon­naître et de nommer, dont les cou­leurs se lançaient les unes contre les autres et que le linge pâle d’être habi­tuel­le­ment au secret, loin de calmer, avi­vait.

[…]

— Un verre de vin, dit Magny, cela te fera du bien. Tu ne savais pas ? Ordre de mission. Je pars dans le Péri­gord, le Quercy, le Rouergue, demain, ce matin même, à l’aube.

Jodelle but. Quand il eut retrou­vé ses jambes, il se leva. Il parcou­rut la pièce jusqu’à ce que tout ce qui l’avait fléché se soit fixé dans son esprit pour en flécher à son tour les autres. Et quand il eut pris à Magny tout ce qu’il pouvait lui prendre, il retrou­va le souffle, sa voix l’assu­ra qu’ayant eu connais­sance de son départ il avait tenu à passer lui souhai­ter la fortune du voyage. Il s’appro­cha du poète, il l’étrei­gnit comme un frère. Mais plus petit, aussi­tôt abri­té, il demeu­ra un moment sous le visage, à respi­rer le violent parfum dont Magny se couvrait et dont personne n’avait décou­vert la compo­si­tion – jasmin, tubé­reuse ? – jusqu’à ce que le danois les sépare en grondant.

Florence DELAY,
L’insuccès de la fête, pp. 36-38,
Gallimard, 1980.




Liens

Étude en ligne

* On peut consulter et télé­charger sur Gallica The sources of Olivier de Magny’s sonnets, article en anglais consacré aux sources italiennes des sonnets de Magny dans les Amours et les Soupirs, avec de nombreuses citations de sonnets intégraux en français et en italien, de Leon Emile Kastner, paru dans la revue Modern Philology de l’Université de Chicago, volume 7, juillet 1909 - avril 1910, pp. 27-48.

Liens valides au 24/06/18.


Compte rendu de lecture

* On peut lire un compte rendu de lecture, par Guillaume de Sauza, de Olivier de Magny, Œuvres poétiques, tome II, édition publiée chez Champion en 2006, paru dans la revue Réforme, Humanisme, Renaissance, (volume 64, 2007) consultable sur Persee, portail de publication élec­tronique de revues scienti­fiques en sciences humaines et sociales.

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En ligne le 12/12/04.
Dernière révision le 24/06/18.