Claude GARNIER
(?-v. 1630)
Dernier poème en ligne :
1604 : Quiconque en sa froideur…

Heureux qui voit la beauté que j’admire,
Et plus heureux qui nage en ses discours.






 
 

À Monsieur de Luyne
Gouverneur d’Amboise

Tout le monde est pourvu, chez le Roi, chez la Reine
Chez Monsieur, chez Madame, en se louant du temps;
Et rien ne m’est échu depuis quinze bons ans,
Pour avoir tant rimé, qu’une espérance vaine.

On m’a fait élever des Palais sur l’arène,
Et me suis vu tout d’or en la bouche des grands,
Cependant leur faveur a mis dessus les rangs,
En me laissant à part, des gens à la douzaine.

Et je n’en dirai mot ? Je ne m’en tairai pas :
Il faut que plus d’un siècle en témoigne ici-bas
La honte à l’avenir. Ô Luyne favorise

La Muse que je sers pour en servir le Roi :
Si tu daignes reluire en si digne entreprise
Ce qu’elle eût fait pour tous, il sera fait pour toi.

« Claude Garnier, poète royal comme il se proclamait, n’était guère favorisé ni du Roi, ni des grands seigneurs, ce sonnet traduit ses doléances. »
Frédéric Lachèvre,
« Supplément à la bibliographie de Claude Garnier, poète royal »,
Revue des livres anciens, tome I,
Paris, Fontemoing & Cie, 1914, p. 219
[Gallica, NUMM-32739, PDF_223].

 
L’abbé GOUJET, 1752
 

CLAUDE GARNIER.

Claude Garnier était aus­si connu de Durant de La Ber­ge­rie[1]. C’était un Gen­til­homme Pari­sien, qui fit des vers dès l’âge de seize ans, et qui en com­po­sa tant qu’il vé­cut. Il était encore au monde en 1615 puisque, selon M. de Beau­champs, il don­na cette année une Pas­to­rale. C’est tout ce que je sais de sa vie. Ses Poé­sies furent impri­mées en 1609, dédiées à Louise de Lor­raine, Prin­cesse de Conti, et à Cathe­rine de Gon­zagues, Duchesse de Lon­gue­ville.

Dans l’Avant-propos, l’Au­teur se plaint de l’En­vie, qui s’était, dit-il, atta­chée à ses ou­vrages dès qu’ils pa­rurent. Il avoue qu’il ne la vit pas d’abord sans peine ; mais qu’en­suite il s’ap­pri­voi­sa avec elle. Il aurait mieux fait de la mé­pri­ser, et de la for­cer à se taire par ses ver­tus et le bon usage de ses ta­lents. Il vante son amour pour l’an­ti­qui­té ; mais tout cet amour s’était bor­né à lire dès sa pre­mière jeu­nesse, quelques anciens Poètes grecs et la­tins. Il se déclare par­ti­san de Ron­sard : ce n’était pas don­ner preuve de la bon­té de son goût ; et sur l’au­to­ri­té de ce Poète, il jus­ti­fie sa ma­nière d’or­tho­gra­phier, qui est un peu bi­zarre, quoique moins défi­gu­rée que celle de plu­sieurs autres Poètes du même temps. Il ajoute, qu’il rete­nait encore au coffre pour cette heure dix ou douze mille vers. Quelle fécon­di­té ! Il y en avait sur la nais­sance, le bap­tême, l’ins­truc­tion de M. le Dau­phin : puis, diverses Poé­sies d’Amour, dont il pré­sente pour échan­til­lon seu­le­ment deux-cents Son­nets, afin, dit-il, d’en­tre­te­nir ses envieux. Avec ces deux-cents Son­nets, Gar­nier nous donne un fort long Poème, en quatre chants, inti­tu­lé, L’Amour vic­to­rieux. Ce Poème n’est point en vers hé­roïques, mais en vers de six syllabes ; et dès le com­men­ce­ment, le Poète a soin de nous apprendre, qu’il avait déjà écrit dans le même genre, même sur les sujets les plus dignes d’être l’objet de la Poé­sie. C’est trop, dit-il, chan­ter les Rois,

C’est trop user ma voix
En faveur de leur gloire.
Ha ! filles de Mémoire !
C’est trop, divines sœurs,
Implorer vos douceurs,
Afin que leur nom dure
À la race future....
Je vois bien que mes vers
Ni leurs sujets divers
Assez recommandables,
Ne leur sont agréables.

Le Louvre, Saint Germain, Villers-Cotte­rêts, Mon­ceaux, Fon­tai­ne­bleau, et les autres mai­sons royales,

Et tes bois montagneux
Issus de mes ayeux,
Ô Fontenay chérie
Des Nymphes de la Brie !

avaient reten­ti de ses chants. Il avait pour eux devan­cé les ailes de son âge. Qu’en avait-il rem­por­té ? quel­que­fois des louanges stériles, sou­vent peu d’at­ten­tion, plus sou­vent les traits de l’en­vie. […] 

L’abbé GOUJET,
Bibliothèque française,
ou Histoire de la Litté­ra­ture fran­çaise,
tome XIV, 1752, pp. 235-238
[Gallica, NUMM-50657, PDF_238_241]
(texte modernisé).


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Notes

[1] La « vie » de Claude Garnier suc­cède dans la Biblio­thèque de l’abbé Goujet à celle de Gilles Durant de La Ber­ge­rie.





Liens

Anthologie

* On pouvait lire un sonnet (rete­nu par Jacques Rou­baud dans Soleil du Soleil, à la suite des antho­lo­gies du XIXe siècle), « blanche est la nége encore non tou­chée », dans une page de l’antho­lo­gie plu­ri­lingue Words, words, words de Henk Lensen, quand elle était encore en ligne.




En ligne le 04/05/05.
Dernière révision le 31/05/21.