Pierre de RONSARD (1524-1585)
Paris, veuve Maurice de La Porte, 1553.

Tant de couleurs le grand arc ne varie
Contre le front du Soleil radieux,
Lorsque Junon, par un temps pluvieux,
Renverse l’eau dont sa mère est nourrie.

Ni Jupiter armant sa main marrie
En tant d’éclairs ne fait rougir les cieux,
Lorsqu’il punit d’un foudre audacieux
Les monts d’Épire, ou l’orgueil de Carie.

Ni le Soleil ne rayonne si beau,
Quand au matin il nous montre un flambeau
Pur, net, et clair, comme je vis ma Dame

Diversement son visage accoutrer,
Flamber ses yeux, et claire se montrer,
Le premier jour qu’elle ravit mon âme.

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de Muret

Tant de couleurs.) Pour montrer quelle était la beauté de sa dame, le jour, qu’elle le ravit, il use de trois compa­rai­sons : disant, qu’en l’arc-en-ciel ne se montre point une si grande, ni si belle varié­té de couleurs, comme elle était lors en sa face : qu’il ne sort point tant d’éclairs du ciel, quand il tonne, comme lors il en sortait de ses yeux : que le Soleil au matin n’apparaît point si clair, comme sa face était claire. Contre le front du Soleil radieux.) L’arc-en-ciel se fait par une réver­bé­ra­tion des rayons du Soleil. Vois Aris­tote au troisième des Mété­ores. Lorsque Junon.) Par Junon les poètes n’entendent autre chose que l’air. Renverse.) Il dit propre­ment, renverse, car les vapeurs desquelles la pluie se fait, sont premiè­re­ment atti­rées de la terre. Sa mère.) La terre, que les poètes nomment mère des dieux et des hommes. Lorsqu’il punit.) Le foudre tombe souvent sur les montagnes, ou sur les édi­fices haut éle­vés. Et semble, que Jupi­ter les veuille punir, parce qu’ils approchent trop près du ciel. Les monts d’Épire.) Acro­cé­raunes, desquels j’ai parlé devant. L’orgueil de Carie.) Le Mauso­lée, c’est-à-dire le sépulcre du Roi Mausole, lequel fut si somptueu­se­ment bâti, qu’on le nombre entre les sept merveilles du monde. Vois Pline au 36e livre.
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[texte modernisé]
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En ligne le 04/04/18.
Dernière révision le 07/04/18.