Pierre POUPO (1552-1590)
Qu’on tourne son regard…
Paris, Barthélémy Le Franc, 1590.

[…] 

Qu’on tourne son regard du couchant au levant
Sur le plan de la terre, et derrière et devant,
Qu’y remarquera-t-on fors un change ordinaire
De faire le défait, et le fait redéfaire ?
Un tournevirement, un chaînon de discords
Du monde et des mondains s’entrepoussant dehors ?

La vie en éclot l’un, et la mort l’autre écache :
L’un plante, l’autre vient après lui qui arrache :
Qui fait état de meurtre, et qui de guérison :
Qui va démolissant, qui bâtit sa maison :
Qui pleure, qui s’éclate en riantes œillades :
Qui se bat la poitrine, et qui fait des gambades :
L’un répand des cailloux, l’autre les met en plots :
On embrasse tantôt, puis on tourne le dos :
Le père acquiert, l’enfant dissipe son hoirie :
Ce qu’on gardait bien cher, se jette à la voirie :
On déchire, on recoud, on babille, on se tait :
Et cela qu’on aimait, tout aussitôt déplaît :
La guerre nous déjoint, puis la paix nous renoue :
Que ferait le mortel cloué sur cette roue !
Où tracer le projet d’une félicité
Sur le sable mouvant de telle vanité !

[…] 

On peut cliquer sur certains mots pour voir les épithètes de Maurice de La Porte
 
 

[…] 

Qu’on tourne son regard du couchant au levant
Sur le plan de la terre, et derrière et devant,
Qu’y remarquera-t-on fors un change ordinaire
De faire le défait, et le fait redéfaire ?
Un tournevirement, un chaînon de discords
Du monde et des mondains s’entrepoussant dehors ?

La vie en éclot l’un, et la mort l’autre écache :
L’un plante, l’autre vient après lui qui arrache :
Qui fait état de meurtre, et qui de guérison :
Qui va démolissant, qui bâtit sa maison :
Qui pleure, qui s’éclate en riantes œillades :
Qui se bat la poitrine, et qui fait des gambades :
L’un répand des cailloux, l’autre les met en plots :
On embrasse tantôt, puis on tourne le dos :
Le père acquiert, l’enfant dissipe son hoirie :
Ce qu’on gardait bien cher, se jette à la voirie :
On déchire, on recoud, on babille, on se tait :
Et cela qu’on aimait, tout aussitôt déplaît :
La guerre nous déjoint, puis la paix nous renoue :
Que ferait le mortel cloué sur cette roue !
Où tracer le projet d’une félicité
Sur le sable mouvant de telle vanité !

[…] 

«««  imitation de Temps de naître…  »»»
 

En ligne le 03/06/18.
Dernière révision le 03/06/18.