Pierre de RONSARD (1524-1585)
Paris, veuve Maurice de La Porte, 1553.

NI de son chef le trésor crêpelu,
Ni de sa joue une et l’autre fossette,
Ni l’embonpoint de sa gorge grassette,
Ni son menton rondement fosselu,

Ni son bel œil que les miens ont voulu
Choisir pour prince à mon âme sujette,
Ni son beau sein, dont l’Archerot me jette
Le plus aigu de son trait émoulu,

Ni de son ris les milliers de Charites,
Ni ses beautés en mille cœurs écrites
N’ont esclavé ma libre affection.

Seul son esprit, où tout le ciel abonde,
Et les torrents de sa douce faconde
Me font mourir pour sa perfection.

«««  Commen­taires  »»»
de Muret

Ni de son chef.) Il dit qu’il n’a point été asser­vi par les beau­tés cor­po­relles de sa dame, ains seu­le­ment par le bon es­prit, et par l’élo­quence qui est en elle. Le tré­sor crê­pe­lu.) Le poil mi­gnon­ne­ment fri­sé. Une et l’autre fossette.) C’est une chose bien­sé­ante aux da­moi­selles, lorsqu’elles mi­gnardent leur ris, de faire deux pe­tites fos­settes aux deux cô­tés de la bouche. Ovide, homme bien enten­du en telles af­faires, le com­mande,

Sint modici rictus, parvæque utrimque lacunæ,
    Et summos dentes ima labella tegant.

L’Arche­rot.) Amour. De Charites.) De grâces. Escla­vé.) Asser­vi.
____
[texte modernisé]
[R]

 
 

En ligne le 11/10/12.
Dernière révision le 02/07/19.