|
|
M I L L E
fiate o dolce mia guerrera,
Per hauer co begliocchi uostri pace;
V’haggio proferto il cuor, m’a
uoi non piace
Mirar si basso con la niente ltera:
E se di lui forse altra donna spera;
Viue in speranza debile, e fallace .
Mio ; perche sdegno cio ch’a uoi
dispiace ;
Esser non po giamai cosi, com’era.
Hor s’io lo scaccio, & e non troua in uoi
Ne l’exilio infelice alcun soccorso,
Ne la star sol, ne gire ou’altri il
chiamas;
Porria smarrire il suo natural corso:
Che graue colpa fia d’ambeduo noi;
E tanto piu di uoi, quanto piu u’ama.
|
_____________________
|
Jà mille
fois, douce
mienne guerrière,
Pour avoir paix,
j’ai osé hasarder
De vous offrir mon cœur
: mais l’âme
fière
En si bas lieu ne daigne regarder.
Si autre dame en lui voulait fonder
Quelque espérance,
en vain prendrait émoi :
Plus, quant à moi, je ne le veux garder,
Car ce qu’à vous est fâcheux,
l’est à moi.
Si donc de tous est ainsi
déchassé,
Et si d’exil ne trouve en vous secours,
(Ne seul peut être, & tout autre a laissé)
Il pourrait bien perdre son propre
cours :
Ce que serait un trop grand péché nôtre,
Et d’autant plus de vous, vu qu’il est
vôtre.
|
| »»
texte original |
««« ~#~
»»» |
| ARGUMENT
selon Philieul : Parle toujours à sa dame,
qui était de naturel assez
mélancolique, comme sont
communément belles
Damoiselles, qui ont trop grand esprit :
ainsi notre pauvre patient pense qu’elle
soit ennuyée de lui, ou pour lui. |
|
|
MIllefois
pour avoir, ô ma douce
guerriere,
Paix avec voz beaux yeux,
à vostre obeissance
J’ay mon cœur
presenté, mais si haute excellence
[N]e veut si bas mander sa pensee trop fiere.
Et aussi si quelque autre y esperoit legere
Et trompeuse seroit toute son esperance:
Car desdaignant tout ce qui vous est de nuisance,
Estre sien il ne peut comme à l’heure premiere.
Or si je l’abandonne & de vous
nullement
Il n’a en son exil quelque soulagement
A autruy il ne peut estre ni à soymesme.
Dont son cours naturel prendra desvoyement,
Et vous & moy la coulpe en aurons seulement,
Mais tant plus grande vous quand de plus il vous aime.
|
|
J’ai mille fois le cœur
te présenté pour grâce
(Ô ma douce
guerrière) et ma paix
obtenir,
Avecque tes beaux yeux,
mais à toi convenir
Il ne semble, si bas que ton fier œil, s’attache.
Et si (peut-être) en lui dame
autre
espère place,
Elle ne fait qu’en vain d’espoir
s’entretenir :
Il ne peut comme jà mien être à
l’avenir,
Car ce qui ne te plaît, cela aussi me fâche.
Si je le chasse, et qu’il ne
trouve aucun secours
À toi en son exil, ni sait être toujours
Seul, ni se transporter où quelque autre le mande,
Sa nature pourrait faillir du chemin
droit,
Dont trop de coulpe à toi et à moi on
don’rait,
Et plus à toi vers qui il porte amour
si grande.
|
| »»
texte original |
««« ~#~
»»» |
|
COMMENTAIRE
DE MALDEGHEM : Il dit aux quatre premiers vers,
qu’il a offert à M[adame] L[aure] mille fois son
cœur pour avoir paix, mais qu’elle l’a
dédaigné ; aux autres il dit,
qu’il ne peut être à autre
qu’à elle ; puis il dit, si son cœur
enchassé, en son exil ne trouve secours
d’elle, et ne peut être ailleurs,
qu’il pourrait venir à faillir
à la vie, ce qui serait grande faute pour elle, et
pour lui, mais plus pour elle. |
|
|
BIEN mille
fois, ô ma douce
Guerrière,
J’ai hasardé mon
esprit et mon cœur,
Pour en mon nom vous faire la
prière
Telle que doit un pauvre serviteur:
Mais étonné de la douce fureur
De qui souvent
j’avais reçu la flamme,
Las ! je perdais et mon cœur
et mon âme
Insuffisant d’aborder la grandeur
Et la beauté
d’une si belle Dame.
[...]
|
|
|