Guillaume DES AUTELS
(1529-1581)
Dernier poème en ligne :
1551 : Jadis d’amour…

J’étais tout seul entier en mon essence

Au paradis de l’amour de moi-même



Guillaume Des Autels

[le Charolais : Vernoble]

Guillaume Des Autels pou­vait dire, avec plus de rai­son que Syl­vain[a], que les Muses ne lui avaient guère appris qu’à com­po­ser les plus folles chan­sons : l’Amour est l’objet prin­ci­pal de ses poé­sies. Le Père Nicé­ron dit que ce Poète était né à Mont­ce­nis en Bour­gogne : il s’est trom­pé. Des Autels dit lui-même en plu­sieurs en­droits de ses ou­vrages, qu’il naquit à Cha­rolles. Ce fut vers 1529 puisque son por­trait marque qu’il avait vingt-quatre ans en 1553. Il était fils de Syacre des Autelz, Écuyer, dont il a fait cette épi­taphe [Amou­reux Repos, PDF_171] :

Apprends, passant, quel fruit avec son los
Porte vertu : celui duquel les os
Gisent ici, la suivit tout son âge :
Qui en mourant laissa à son fils seul
La pauvreté, les affaires, le deuil,
Et bon renom, pour tout son héritage.

Guillaume avait cepen­dant une terre à Ver­noble dans le Cha­ro­lais, mais qui était appa­rem­ment d’un mo­dique reve­nu, puisqu’il l’appelle son petit champ, non tant riche que noble. Ce lieu était situé fort près de Bis­sy, puisque le châ­teau de ce nom pou­vait être vu de Ver­noble [Amoureux Repos, PDF_168_169].

Mon petit Champ non tant riche, que noble,
Tu m’es autant, voire plus, cher tenu,
Que si en toi je recueillais, Vernoble,
D’un Persien Règne le revenu.
Tu es à moi de mes aïeux venu :
Et d’un humble œil tu vois réveremment
Du haut Bissy l’orgueilleux bâtiment.

[R]

[Bissy et Pontus de Tyard]

Cette proxi­mi­té fai­sait d’au­tant plus de plai­sir au Sei­gneur de Ver­noble qu’elle lui don­nait lieu de fré­quen­ter sou­vent les Sei­gneurs de Bis­sy, et en par­ti­cu­lier Pontus de Tyard, dont il était proche parent, et qui avait, comme lui, la même incli­na­tion pour la poé­sie. C’est ce qu’il dit dans une Ode qu’il adres­sa au der­nier.

Notre grande similitude
D’affection et d’étude,
Et ton superbe Bissy,
Approché si près d’ici,
Qu’il peut voir la révérence
Que lui fait ma demeurance ;
Et de Nature la loi,
qui d’une même semence,
D’assez proche conséquence,
A produit et toi et moi.…
Étienne ton ayeul, frère
D’Anne, mère de ma mère, &c.

[R]

[Valence et Mythi­stoire]

Des Autels étu­dia le Droit à Valence en Dau­phi­né ; mais il ne paraît pas qu’il ait ja­mais fait un grand usage de cette science. La Poé­sie Latine et Fran­çaise l’oc­cu­pait plus que l’étude des Lois. Ce fut durant son séjour à Valence, qu’il fit à l’imi­ta­tion du Pan­ta­gruel de Rabe­lais, un petit ouvrage qu’il inti­tu­la : Fan­fre­luche & Gau­di­chon, my­this­toire Ba­ra­gouine de la valeur de dix Atomes pour la recré­a­tion de tous Fan­fre­lu­chistes. Ce livre fut impri­mé depuis à Lyon en 1559 et l’on en a encore quelqu’autre édi­tion. L’Au­teur de la Biblio­thèque de Romans le traite de Livre gail­lard, facé­tieux & saty­rique (T. 2, p. 257). L’avait-il lu ? Tout m’y a pa­ru extrê­me­ment plat et fade ; il ne res­semble en rien au Pan­ta­gruel de Rabe­lais ; et si c’en est une copie, c’en est cer­tai­ne­ment une fort mau­vaise. [R]

[Romans et sa sainte]

L’Auteur était à Lyon lorsque Joachim Du Bellay passa par cette Ville pour aller à Rome, et il ne manqua pas de profi­ter de cette occa­sion pour chanter dans une Ode[b] les louanges du voya­geur, et lui souhai­ter toute sorte de pros­pé­ri­tés [Amou­reux Repos, PDF_172_173]. Ce fut vers le même temps qu’il alla à Romans en Dau­phi­né, dont il a fait aus­si l’éloge dans une Ode. Cette Ville lui plai­sait cepen­dant moins par elle même que par la connais­sance qu’il y avait faite d’une Demoi­selle, pour laquelle il se sen­tit une forte incli­na­tion. Il l’appelle Denyse (Amour. Rep. Sonn. 75), et ne la quali­fie jamais autre­ment que sa sainte. Cette fille avait vingt ans en 1553 comme on le voit par son portrait, que Des Autels fit graver à côté du sien au-devant de son amou­reux repos ; et cette date s’accorde avec ce qu’il dit dans le même ouvrage, qu’elle était née le 16 Février de l’année en laquelle se fit la Ligue de Cambrai, c’est-à-dire, en 1533 (Ib. Sonn. 35). [R]

Il avait quitté le Dauphi­né, lorsqu’il fit impri­mer en 1553, l’ouvrage que je viens de citer, puisqu’il dit, au commen­ce­ment, qu’il y avait déjà trois ans qu’il était éloi­gné de sa sainte. Il était même enga­gé dans les liens du mariage, ayant épou­sé Jeanne de la Bruyère, à qui il adresse une de ses Épi­grammes, à la fin du même livre, dans laquelle il lui promet de ne plus écrire d’amours [Amou­reux Repos, PDF_170]. Il n’avait pas été oisif depuis son retour, comme on le voit par sa dis­pute avec Louis Mei­gret sur l’or­tho­graphe et la pro­non­cia­tion Fran­çaise. Je vous ai ren­du compte ail­leurs de cette dis­pute où la viva­ci­té se mon­tra beau­coup plus que la rai­son. La Croix-du-Maine dit que Des Autels tra­dui­sit Lucrèce en vers Fran­çais : cette tra­duc­tion n’a jamais paru. Il ajoute que l’Au­teur vivait encore en 1570. Il aurait pu dire qu’il était encore au monde en 1576 puisqu’on lit un Son­net de sa façon à la tête de la Gélo­da­crye de Claude de Pon­toux, qui fut impri­mé ladite année.

[…]

L’abbé GOUJET,
Biblio­thèque française,
ou Histoire de la Litté­ra­ture française,
tome 12, 1748, pp. 343-347
[Gallica, NUMM-50655, PDF_346_350]
(texte modernisé).


Notes
 

[a] La « vie » de Guil­laume Des Autels suc­cède dans la Biblio­thèque de l’abbé Gou­jet à celle d’Alexandre Syl­vain.


[b] « une Ode » : le poème en question est un sonnet.


Je me plains, dame, et me plains seulement
De toi, de moi, du ciel, et de la mort.

Liens

Éditions en ligne

* On peut télé­char­ger le fichier PDF d’une transcrip­tion, par G. de Sauza, de la Harangue au peuple François de Des Autels (1560) depuis une page du Groupe Renaissance et Âge Classique de l’Uni­ver­si­té Lumière Lyon 2.

* Une transcrip­tion, par Dona­tel­la Salvet­ti (1947-2002), de la Mitis­toire barra­gouyne de Fanfre­luche et Gaudi­chon (édi­tion de 1574) est dispo­nible en ligne, avec une intro­duc­tion à la vie et à l’œuvre de Des Autels.

Liens valides au 12/06/18.



Je cours dévôt à rames et à voiles
À la beauté qui fait honte aux étoiles

 

En ligne le 12/12/04.
Dernière révision le 06/12/20.