Étienne DU TRONCHET
(?-1585)
Dernier sonnet en ligne :
1595 : Amour en même instant…
 

Le bruit d’une eau qui flotte en la roche rebelle

Et la font qui distille en argentin gourgout


 
Étienne DU TRONCHET,
Épître dédicatoire
à Catherine de Clermont,
Comtesse de Rets
 

[…] L’Amour, […] il y en a infi­nis qui le blâment, le rejettent, et ne l’ont en nulle estime : et infi­nis autres qui ne pensent qu’il n’y ait rien en ce monde de meilleur ni de plus louable. Dont combien les premiers sont errants en leur fantai­sie, la raison le montre claire­ment : de tant que si nous voulons donner défi­ni­tion à l’amour, nous trouve­rons que ce n’est autre chose, qu’un désir de jouir avec parfaite union de la chose aimée : comme se pourrait dire de celui qui aimant la bonne grâce, la vertu, ou le savoir d’une personne, ne tâche­rait de se fréquen­ter, et prati­quer amou­reu­se­ment, pour pouvoir incor­po­rer ses louables parties à sa propre condi­tion […]

Amour […] dont la plupart des igno­rants qui ne savent la nature de sa majes­té, inter­pré­tant ce plaisir selon leur asino­pen­sée, en donnent le juge­ment qui appar­tient à la bruta­li­té d’une bestiale ima­gi­na­tion, qui les aveugle si fort, qu’ils ne peuvent péné­trer jusques au fond de la divi­ni­té de l’Amour : lequel en effet ne comprend en soi qu’un désir de divine compo­si­tion (si ainsi dire se peut) exclu­ant comme venin morti­fère toute vilaine tache ou appé­tit bestial. […]

De Rome ce dernier jour de Février
mil cinq cent septante deux.

Étienne DU TRONCHET,
Lettres amoureuses, Lyon, 1595,
épître dédicatoire (extrait), n.p.,
[Gallica, NUMM-79141, PDF_7_8]
(texte modernisé).



En ligne le 14/05/05.
Dernière révision le 01/11/18.