Lyon, Jean de Tournes, 1545, p. 281 [←Gallica].

Da piu begliocchi, e dal piu chiaro viso,
Che mai splendesse, e da piu bei capelli,
Che facean lOro el Sol parer men belli,
Dal piu dolce parlar, e dolce riso,

Da le man, da le braccia, che conquiso
Senza muouersi haurian quai piu rebelli
Fur dAmor mai, da piu bei piedi snelli,
Da la persona fatta in Paradiso

Prendean vita i miei spirti, hor nhà diletto
Il Re celeste, e i suoi alati Corrieri,
Et io son qui rimaso ignudo, e cieco.

Sol vn conforto a le mie pene aspetto,
Chella, che vede tutti i miei pensieri,
Mimpetrei gratia, chi possa esser seco.

Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 6, ff. 3v°-4r° [←Gallica].

Des plus beaux yeux, et du plus clair visage
Qui oncques fut, et des beaux cheveux longs,
Qui faisaient lor et le soleil moins blonds,
Du plus doux ris, et du plus doux langage,

Des bras et mains qui eussent en servage
Sans se bouger mené les plus félons,
De celle qui du chef jusquaux talons
Semblait divin, plus quhumain personnage,

Je prenais vie. Or delle se consolent
Le roi céleste, et ses courriers qui volent,
Me laissant nu, aveugle en ce bas être :

Un seul confort attendant à mon deuil,
Cest que là-haut, elle qui sait mon veuil
Mimpètrera quavec elle puisse être.

Paris, André Wechel, 1555, Second Livre, f° 34r° [←Gallica].

Et des plus belles mains, qui au cœur plus sauvage,
Soudain feraient sentir damour un feu nouveau,
Et du plus beau marcher, qui un gai renouveau
Fait rire sous ses pas, et du plus beau corsage :

Et des yeux les plus beaux, et du plus beau visage,
Et du plus beau sourcil, et du poil le plus beau,
Qui lor et du soleil éteindrait le flambeau,
Et du ris le plus doux, et du plus doux langage,

Je fus surpris le jour, que dune atteinte vraie,
Moi qui soulais davant par feinte lessayer,
Je reçus dans le cœur mon amoureuse plaie.

Amour de son carquois une flèche si belle,
Pour me blesser tira, que ne puis mennuyer
De la garder au cœur, bien quel lui soit mortelle.

Anvers, Chr. Plantin, 1583, La Sévère, I, p. 1104 [←Gallica].

Et des plus beaux cheveux quAmour saurait élire,
Pour surprendre nos cœurs dans leurs filets retors :
Et du front le plus beau montrant mille trésors,
Ains lhonneur de ce Dieu, son siège, et son Empire.

Et des yeux les plus beaux quon vit jamais reluire,
Pour attraire, et forcer, les moins doux, et plus forts :
Et du sein le plus beau qui repousse au dehors
Un double mont poli dAlbâtre, ou de Porphyre.

Et des plus belles mains qui pourraient arrêter
Quelque Turc, ou Gélon : Amour me vint dompter,
Aussitôt que je vis ma Dame si accorte.

Même afin dagrandir son pouvoir surhumain,
Depuis ce temps il veut quempreints au cœur je porte
Son poil, son front, son œil, sa poitrine, et sa main.

Gramont, Des plus beaux yeux… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Après la mort de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CCCIV, p. 236 [←Gallica].

énumération des perfections de sa dame

Des plus beaux yeux et du front le plus clair qui ja­mais ait bril­lé, et des plus beaux che­veux qui fai­saient pa­raître moins beaux et l’or et le So­leil ; du plus doux par­ler et du plus doux sou­rire ;

Des mains, des bras qui, sans se mou­voir, au­raient triom­phé des re­belles les plus har­dis qu’Amour trou­va ja­mais ; des pieds agiles, les plus beaux qu’on ait vus, et de toute cette per­sonne for­mée en para­dis,

Mes esprits rece­vaient la vie ; ils charment main­te­nant le Roi des cieux et ses cour­riers ai­lés, et moi je suis res­té ici aveugle et dépouil­lé.

Je n’attends qu’un seul sou­la­ge­ment de mes peines, c’est que celle dont le re­gard pé­nètre toutes mes pen­sées ob­tienne par grâce que je puisse être avec elle.

























Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 6, ff. 3v°-4r° [←Gallica].

Des plus beaux yeux, et du plus clair visage
Qui oncques fut, et des beaux cheveux longs,
Qui faisaient lor et le soleil moins blonds,
Du plus doux ris, et du plus doux langage,

Des bras et mains qui eussent en servage
Sans se bouger mené les plus félons,
De celle qui du chef jusquaux talons
Semblait divin, plus quhumain personnage,

Je prenais vie. Or delle se consolent
Le roi céleste, et ses courriers qui volent,
Me laissant nu, aveugle en ce bas être :

Un seul confort attendant à mon deuil,
Cest que là-haut, elle qui sait mon veuil
Mimpètrera quavec elle puisse être.

Paris, André Wechel, 1555, Second Livre, f° 34r° [←Gallica].

Et des plus belles mains, qui au cœur plus sauvage,
Soudain feraient sentir damour un feu nouveau,
Et du plus beau marcher, qui un gai renouveau
Fait rire sous ses pas, et du plus beau corsage :

Et des yeux les plus beaux, et du plus beau visage,
Et du plus beau sourcil, et du poil le plus beau,
Qui lor et du soleil éteindrait le flambeau,
Et du ris le plus doux, et du plus doux langage,

Je fus surpris le jour, que dune atteinte vraie,
Moi qui soulais davant par feinte lessayer,
Je reçus dans le cœur mon amoureuse plaie.

Amour de son carquois une flèche si belle,
Pour me blesser tira, que ne puis mennuyer
De la garder au cœur, bien quel lui soit mortelle.

Anvers, Chr. Plantin, 1583, La Sévère, I, p. 1104 [←Gallica].

Et des plus beaux cheveux quAmour saurait élire,
Pour surprendre nos cœurs dans leurs filets retors :
Et du front le plus beau montrant mille trésors,
Ains lhonneur de ce Dieu, son siège, et son Empire.

Et des yeux les plus beaux quon vit jamais reluire,
Pour attraire, et forcer, les moins doux, et plus forts :
Et du sein le plus beau qui repousse au dehors
Un double mont poli dAlbâtre, ou de Porphyre.

Et des plus belles mains qui pourraient arrêter
Quelque Turc, ou Gélon : Amour me vint dompter,
Aussitôt que je vis ma Dame si accorte.

Même afin dagrandir son pouvoir surhumain,
Depuis ce temps il veut quempreints au cœur je porte
Son poil, son front, son œil, sa poitrine, et sa main.

Gramont, Des plus beaux yeux… (1842)   ↓   ↑   ⇑  o→
Poésies de Pétrarque, « Après la mort de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CCCIV, p. 236 [←Gallica].

énumération des perfections de sa dame

Des plus beaux yeux et du front le plus clair qui ja­mais ait bril­lé, et des plus beaux che­veux qui fai­saient pa­raître moins beaux et l’or et le So­leil ; du plus doux par­ler et du plus doux sou­rire ;

Des mains, des bras qui, sans se mou­voir, au­raient triom­phé des re­belles les plus har­dis qu’Amour trou­va ja­mais ; des pieds agiles, les plus beaux qu’on ait vus, et de toute cette per­sonne for­mée en para­dis,

Mes esprits rece­vaient la vie ; ils charment main­te­nant le Roi des cieux et ses cour­riers ai­lés, et moi je suis res­té ici aveugle et dépouil­lé.

Je n’attends qu’un seul sou­la­ge­ment de mes peines, c’est que celle dont le re­gard pé­nètre toutes mes pen­sées ob­tienne par grâce que je puisse être avec elle.

























textes modernisés
[R]

 

En ligne le 09/09/22.
Dernière révision le 01/01/26.