Lyon, Jean de Tournes, 1545, p. 276 [←Gallica].

Lasciato hai, Morte, senza Sole il Mondo
Oscuro, e freddo, Amor cieco, & inerme,
Leggiadria ignuda, le bellezze inferme,
Me sconsolato, & a me graue pondo,

Cortesia in bando & honestate in fondo:
Dogliomi sol, ne sol hò da dolerme:
Che suelthai di virtute il chiaro germe,
Spento il primo valor, qual fia il secondo?

Pianger laer, e la terra, el Mar deurebbe,
Lhuman legnaggio, che senzella è quasi
Senza fior prato, o senza gemma anello.

Non la conobbe il Mondo, mentre lhebbe:
Conobbilio, cha pianger qui rimasi,
El Ciel, che del mio pianto hor si fa bello.

Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 4, f° 3r° [←Gallica].

Mort, sans soleil tu as laissé le monde,
Froid et obscur : sans arc laveugle archer :
Grâces, beautés prêtes à trébucher,
Moi désolé en angoisse profonde.

Bas et bannis sont honneur et faconde,
Seul fâché suis, seul nai à me fâcher,
Car de vertu fis la plante arracher,
C’est la première, où prendrons la seconde ?

Plaindre devraient lair, la mer, et la terre,
Le genre humain : qui comme anneau sans pierre
Est demeuré, ou comme un pré sans fleurs :

Le monde leut sans la connaître à lheure
Je la connus, qui maintenant la pleure :
Si fit le ciel qui sorne de mes pleurs.

Gramont, Ô Mort, tu as laissé… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.o.
Poésies de Pétrarque, « Après la mort de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CCXCIV, p. 231 [←Gallica].

sa dame connue seulement du ciel et de lui.

Ô Mort, tu as lais­sé, en étei­gnant son Soleil, le monde obs­cur et froid, Amour aveugle et désar­mé, la grâce sans vête­ment, les beau­tés impuis­santes, mon âme incon­so­lable et deve­nue à moi-même un pé­nible far­deau ;

Et la cour­toi­sie exi­lée d’ici-bas, et l’hon­nê­te­té à ja­mais rui­née : je m’af­flige seul, et je n’ai pas seul des mo­tifs de m’af­fli­ger ; car tu as arra­ché le germe bril­lant de la ver­tu, éteint le pre­mier de tous les mé­rites : que sera-ce du second ?

L’air, la terre et la mer de­vraient pleu­rer sur la race de l’homme, qui sans elle est comme un pré sans fleur, ou comme un anneau sans bril­lant.

Le monde ne la connut pas tan­dis qu’il la pos­sé­da : je l’ai con­nue, moi qui suis res­té ici-bas pour pleu­rer, et le ciel aus­si qui s’em­bel­lit main­te­nant du sujet de mes pleurs.

























Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 4, f° 3r° [←Gallica].

Mort, sans soleil tu as laissé le monde,
Froid et obscur : sans arc laveugle archer :
Grâces, beautés prêtes à trébucher,
Moi désolé en angoisse profonde.

Bas et bannis sont honneur et faconde,
Seul fâché suis, seul nai à me fâcher,
Car de vertu fis la plante arracher,
C’est la première, où prendrons la seconde ?

Plaindre devraient lair, la mer, et la terre,
Le genre humain : qui comme anneau sans pierre
Est demeuré, ou comme un pré sans fleurs :

Le monde leut sans la connaître à lheure
Je la connus, qui maintenant la pleure :
Si fit le ciel qui sorne de mes pleurs.

Gramont, Ô Mort, tu as laissé… (1842)   ↓   ↑   ⇑  o
Poésies de Pétrarque, « Après la mort de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CCXCIV, p. 231 [←Gallica].

sa dame connue seulement du ciel et de lui.

Ô Mort, tu as lais­sé, en étei­gnant son Soleil, le monde obs­cur et froid, Amour aveugle et désar­mé, la grâce sans vête­ment, les beau­tés impuis­santes, mon âme incon­so­lable et deve­nue à moi-même un pé­nible far­deau ;

Et la cour­toi­sie exi­lée d’ici-bas, et l’hon­nê­te­té à ja­mais rui­née : je m’af­flige seul, et je n’ai pas seul des mo­tifs de m’af­fli­ger ; car tu as arra­ché le germe bril­lant de la ver­tu, éteint le pre­mier de tous les mé­rites : que sera-ce du second ?

L’air, la terre et la mer de­vraient pleu­rer sur la race de l’homme, qui sans elle est comme un pré sans fleur, ou comme un anneau sans bril­lant.

Le monde ne la connut pas tan­dis qu’il la pos­sé­da : je l’ai con­nue, moi qui suis res­té ici-bas pour pleu­rer, et le ciel aus­si qui s’em­bel­lit main­te­nant du sujet de mes pleurs.

























textes modernisés
[R]

 

En ligne le 01/01/26.
Dernière révision le 01/01/26.