Isaac HABERT
(1560-1615)
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1585 : Tu as laissé ton Dieu…

Comprenant tout

tu es tout incompréhensible

 
L’abbé GOUJET, 1752
 

ISAAC HABERT.

Suzanne Habert eut pour frère Isaac Habert[1]. Il était né à Paris, aussi bien que sa sœur, et dans la suite il devint Valet de Chambre et Secré­taire du roi Henri III. Dans sa jeu­nesse, il avait demeu­ré dans la mai­son de Guy de Saint Gelais, Sei­gneur de Lansac, Che­va­lier de l’Ordre du roi, Capi­taine de cin­quante hommes d’armes de ses Or­don­nances, Vice-Amiral en Guyenne, Gou­ver­neur pour sa Majes­té des Villes de Bourg et Blaye[a]. Habert dit que ce fut dans les conver­sa­tions fré­quentes qu’il eut avec ce Sei­gneur, qu’il prit du goût pour l’élo­quence et la phi­lo­so­phie. Sa recon­nais­sance pour M. de Lansac éclate dans le pre­mier recueil de ses œuvres poé­tiques, qu’il publia en 1582, à l’âge de vingt-deux ans, comme il le marque dans un Son­net qu’il adresse à son livre :

Deux fois dix ans accomplissaient mon âge
Lorsque tu fus de mon âme enfanté ;
Deux ans après, pauvre, nu, éventé,
En divers lieux tu fus faire voyage, &c.

Ainsi il faut mettre la nais­sance d’Isaac Habert vers l’an 1560 sup­po­sé que l’édi­tion de ses poé­sies faite en 1582 soit la pre­mière.

Il eut un second motif qui le por­ta à faire impri­mer ce pre­mier volume de ses poé­sies ; c’était de faire connaître l’amour qu’il avait eu, soit pour celle qu’il épou­sa, soit pour quelque autre Iris qu’il avait ten­dre­ment aimée. Il ne chante presque en effet que l’amour dans les deux livres qui composent ce recueil.

[…] 

S’il n’avait que 22 ans lorsqu’il don­na ce pre­mier recueil de ses poé­sies, il ne devait en avoir que 25 lorsqu’il fit impri­mer en 1585 ses trois livres des Mé­téores, avec quelques autres œuvres poé­tiques. Cepen­dant la matière prin­ci­pale de ce second recueil, et la manière dont elle est trai­tée, annoncent un âge plus avan­cé, et un écri­vain beau­coup plus ver­sé qu’on ne l’est pour l’ordi­naire à cet âge-là dans les matières phi­lo­so­phiques et phy­siques. Quoi qu’il en soit, c’est au Roi qu’Habert a dédié ce nou­veau recueil. L’Épître dédi­ca­toire est en Vers, et ne roule presque encore que contre l’envie et les envieux ; c’était trop re­battre ce sujet, qui ne devait pas d’ail­leurs inté­res­ser le Roi. Ses Météores sont en vers héroïques. Habert nous expose ainsi son dessein.

Je veux chanter les corps qui prennent leur naissance
Aux régions de l’air, la pluie et le frimas,
La manne, la rosée, et les grêleux amas
En tombant arrondis…
Le foudre, les éclairs, l’effroyable tonnerre
Et le soufre empierré dans le nuage cuit,
Les tourbillons rouants, la Comète qui luit
Aux longs rayons flammeux, les étoiles léchantes
Les rivages des eaux, que l’on appelle Ardents,
Les soupirs animés enserrés au dedans
Des plaines et des monts, dont la sortie et fuite
Ont par maints tremblements mainte Ville détruite.
Je dirai puis après comme en l’air pluvieux
Sur le front de la nue apparaît l’arc des Cieux
Vis à vis du Soleil, et comme sa peinture
De diverses couleurs émaille sa voûture,
D’où vient qu’en temps serein dedans le Ciel paraît
Un long chemin de lait, et ce grand feu qui croît
En forme de clochers, de chèvres enflammées,
De larmes, de tisons, de boules allumées.

[…] 

L’abbé GOUJET,
Biblio­thèque française,
ou Histoire de la Litté­ra­ture française,
tome XIII, 1752, pp. 53-57
[Gallica, NUMM-50656, PDF_79_83]
(texte modernisé).


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Notes

[1] La « vie » d’Isaac Habert succède dans la Biblio­thèque de l’abbé Goujet à celle de son père Pierre Habert, qui se ter­mine par l’évo­ca­tion de la vie savante et pieuse de sa sœur Suzanne.


[a] Note marginale : « Préf. des œuvr. poët. d’Is. Hab. »





Liens

Compte rendu de lecture

* On peut lire un compte rendu de lecture, par Roland Guillot, de l’édition critique des Amours et Baisers d’Isaac Habert publiée par Nathalie Mahé chez Droz en 1999, paru dans la revue Réforme, Humanisme, Renaissance, (volume 50, 2000) en ligne sur Persee, portail de publication élec­tronique de revues scienti­fiques en sciences humaines et sociales.

Liens valides au 22/09/19.

Tout doit quelque jour périr

même la voûte céleste

 


En ligne le 04/05/08.
Dernière révision le 22/09/19.