Pierre de BRACH
(v.1548-1605)
Dernier poème en ligne :
1576 : Je chante la chaleur…
 

Que le ciel s’ouvre

au feu

de maint éclair

 

 
L’abbé GOUJET, 1752
 

PIERRE DE BRACH.

C’est Pierre de Brach, comme vous l’avez vu, qui nous a instruit du véri­table lieu de la naissance de Du Bartas [1]. Ces deux Poètes étaient amis, et tous deux Gascons. De Brach était de Bordeaux. L’amour qu’il ressentait pour sa patrie nous a valu un éloge historique et poétique de cette Ville, sous le titre d’Hymne de Bordeaux, qu’il adressa à Ronsard. Ausone lui en avait donné l’exemple.

Bien que sous toi soient nés mille doctes esprits,

dit-il en portant la parole à la Ville même de Bordeaux,

Un seul Ausone a peint ta gloire en ses écrits,
Rendant de siècle en siècle à jamais mémorables
De tes vieux monuments les marques admirables :
Ausone qui, Consul Bordelais et Romain,
Nous a laissé ses vers, lesquels de main en main
Sont venus jusqu’à nous, comme un vieil héritage
Des biens que son esprit nous laissa pour partage.
Or doncques après lui je veux ton los chanter, &c.

De Brach parle en effet dans son poème, de l’origine de Bordeaux, de ses anti­quités, de ses premiers maîtres, du temps où cette Ville a passé sous la domi­nation Française, de ce qui y est arrivé de plus mémo­rable, de ses édifices, de ses Collèges, des Savants qui l’ont illustrée.

De là sortit Ferron, dont l’histoire suivie,

En tout son Paul Émile a si bien ensuivi,

Que son premier honneur elle a presque ravi.

De là sortit Valée, & Boëtie homme digne

De luire dans les Cieux comme une étoile insigne…

Là s’est fait & Cosage & Boyer dont l’esprit

A semé leur louange dans ce qu’ils ont écrit :

Et l’un & l’autre Alesme, & Gantier dont la gloire

Nous avons toute fraîche empreinte en la mémoire.

Il nomme encore La Chassaigne, Pontac et quelques autres ; et ailleurs, il met au nombre de ses amis, Du Bartas, Florimond de Rémond, Jacques Peletier, du Mans.

Les talents que de Brach possédait, lui avaient acquis ces amis ; et il s’était concilié l’estime et l’affection de beaucoup d’autres dans les différents voyages qu’il avait faits en France, et hors du Royaume. Il parle de ces voyages dans ses poésies ; mais il n’en donne ni les dates ni les circon­stances. Quant à sa profession, c’était celle des Lois. L’étude qu’il en faisait avait la préfé­rence sur celle des Belles Lettres, sur la poésie même, dont il proteste qu’il ne faisait que son amu­sement. La juris­prudence l’occupait tous les matins. Dès que le retour du jour m’a réveillé, dit-il,

Je sors du lit, en suivant ma coutume

Qui de longtemps m’a pour règle ordonné,

Que le matin à la loi soit donné,

Sans m’habiller, soudain je me retire

Dans mon étude, où je commence à lire

Sur une loi quelque accord discordant.

Cette appli­cation à l’étude lui coûtait peu, parce qu’il l’aimait, et que d’ailleurs ses parents l’y avaient accoutumé dès l’enfance. Mais les troubles du Royaume, et ceux que ressentit en parti­culier la Ville de Bordeaux, en apportèrent dans son Cabinet. Car, comme il le dit fort bien, l’étude aime la paix. Ces agi­tations le chagri­nèrent ; et il assure que quoique ses talents et les lumières qu’il avait acquises ne lui eussent procuré ni récom­pense, ni place distinguée, il aurait voulu être encore plus ignoré. […]

L’abbé GOUJET,
Bibliothèque française,
ou Histoire de la Littérature française,
tome XIII, 1752, pp. 322-324
[Gallica, N0050656_PDF_348_350]
(texte modernisé).


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Notes

[1] La "vie" de Pierre de Brach succède dans la Bibliothèque de l’abbé Goujet à celle de Du Bartas.




 

En ligne le 13/07/09.
Dernière révision le 21/10/11.