Pierre de RONSARD (1524-1585)
Un grand rocher… (1552)   ↓   ⇑ 
Paris, veuve Maurice de La Porte, 1552, pp. 98-99 [←Gallica].

[…] 

Vn grand rocher qui a le dos,
Et les piedz tousiours oultragez,
Ore des vens, ore des flos
En leurs tempestes enragez,
N’est point si ferme que mon cuœur
Contre le choc de ta rigueur.

Car luy de plus en plus aymant
Ta grace, & ton honnesteté,
Semble au pourtrait d’vn diamant,
Qui pour garder sa fermeté,
Se rompt plus tost soubz le marteau,
Que se voyr tailler de nouueau.

Aussi ne l’or qui peult tenter,
Ny autre grace, ny maintien,
Ne scauroient dans mon cuœur enter
Vn autre portrait que le tien,
Et plus tost il mourroit d’ennuy
Que d’en soufrir vn autre en luy.

Il ne fault point pour empescher
Qu’vne autre dame en ayt sa part,
L’enuironner d’vn grand rocher,
Ou d’vne fosse, ou d’vn rempart,
Amour te la si bien conquis
Que plus il ne peult estre aquis.
 

Chanson, les estoilles seront
La nuict sans les cieulx allumer,
Et plus tost les ventz cesseront
De tempester dessus la mer,
Que l’orgueil de sa cruaulté,
Puisse esbranler ma loyaulté.

Un grand rocher… (1553)   ↑   ⇑ 
Paris, veuve Maurice de La Porte, 1553, pp. 164-165 [←Gallica].

[…] 

Vn grand rocher qui à le dôs,
Et les piés touiours outragés,
Ore des Vens, ore des flôs
Contre les riues enragés,
N’est point si ferme que mon cœur
Sous l’orage d’une rigueur.

Car lui de plus en plus aimant
Les beaus yeus qui l’ont enreté,
Semble du tout au Diamant
Qui pour garder sa fermeté,
Se romp plus tôt sous le marteau,
Que se voir tailler de nouueau.

Ainsi ne l’or qui peut tanter,
Ni grace, beauté, ni maintien,
Ne sauroient dans mon cœur enter
Vn autre portrait que le tien,
Et plus tôt il mouroit d’ennui
Que d’en soufrir vn autre en lui.

Il ne faut donq pour empecher
Qu’une autre dame en ait sa part,
L’enuironner d’vn grand rocher,
Ou d’une fosse, ou d’vn rempart,
Amour te l’a si bien conquis,
Que plus il ne peut estre aquis.

Chanson, les estoilles seront
la nuit, sans les cieus alumer,
Et plus tôt les vens cesseront
De tempester de sus la mer
Que de ses yeus la cruauté
Puisse amoindrir ma loiauté.

























Un grand rocher… (1553)   ↓   ⇑ 
Paris, veuve Maurice de La Porte, 1553, pp. 164-165 [←Gallica].

[…] 

Vn grand rocher qui à le dôs,
Et les piés touiours outragés,
Ore des Vens, ore des flôs
Contre les riues enragés,
N’est point si ferme que mon cœur
Sous l’orage d’une rigueur.

Car lui de plus en plus aimant
Les beaus yeus qui l’ont enreté,
Semble du tout au Diamant
Qui pour garder sa fermeté,
Se romp plus tôt sous le marteau,
Que se voir tailler de nouueau.

Ainsi ne l’or qui peut tanter,
Ni grace, beauté, ni maintien,
Ne sauroient dans mon cœur enter
Vn autre portrait que le tien,
Et plus tôt il mouroit d’ennui
Que d’en soufrir vn autre en lui.

Il ne faut donq pour empecher
Qu’une autre dame en ait sa part,
L’enuironner d’vn grand rocher,
Ou d’une fosse, ou d’vn rempart,
Amour te l’a si bien conquis,
Que plus il ne peut estre aquis.

Chanson, les estoilles seront
la nuit, sans les cieus alumer,
Et plus tôt les vens cesseront
De tempester de sus la mer
Que de ses yeus la cruauté
Puisse amoindrir ma loiauté.

Un grand rocher… (1584)   ↑   ⇑ 
Paris, Gabriel Buon, 1584, p. 71 [←Gallica].

[…] 

Vn grand rocher qui a le doz
Et les pieds tousiours outragez
Ore des vents, ore des flots
Contre les riues enragez,
N’est point si ferme que mon cueur
Sous l’orage de ta rigueur.

Car luy sans se changer, aimant
Les beaux yeux qui l’ont en-rethé,
Semble du tout au Diamant
Qui pour garder sa fermeté
Se rompt plustost sous le marteau,
Que se voir tailler de nouueau.

Ainsi ne l’or qui peut tenter,
Ny grace, beauté, ny maintien
Ne sçauroyent dans mon cœur enter
Vn autre portrait que le tien,
Et plustost il mourroit d’ennuy
Que d’en soufrir vn autre en luy.

Il ne faut donc pour empescher
Qu’vne autre Dame en ait sa part,
L’enuironner d’vn grand rocher,
Ou d’vne fosse, ou d’vn rempart:
Amour te l’a si bien conquis,
Que plus il ne peut estre acquis.

Chanson, les estoiles seront
la nuict sans les Cieux allumer,
Et plustost les vents cesseront
De tempester dessus la mer,
Que de ses yeux la cruauté
Puisse amoindrir ma loyauté.

























textes originaux
[R]

 

En ligne le 19/03/17.
Dernière révision le 07/07/19.