LAsciato ai morte senza sole el mondo
oscuro et freddo amor cieco et inherme
leggiadria ignuda le bellezze inferme
me sconsolato et ame graue pondo
cortesia inbando et honestate infondo
doggliomio sol ne sol da dolerme
che sueltai di uertute il chiaro germe
spento il primo ualor qual fia il secundo
P ianger laer
& laterra el mar deurebbe
lumano legnaggio che senzella e quasi
senza fior prato o senza gemma anello
non la conobbe elmondo mentre lebbe
conobbilio cha pianger qui rimasi
el ciel che del mio pianto hor si fa bello
Mort, sans soleil tu as laisse le
monde,
Froid &
obscur: sans arc
l’aueugle
archer :
Graces,
beaultez prestes a tresbucher,
Moy desole
en angoisse profunde.
Bas
& bannis sont honneur &
facunde,
Seul
fasche suis, seul nay a me
fascher,
Car de uertu
feiz la plante arracher,
C’est la
premiere,
ou prendrons la seconde?
Plaindre
deuroient l’air, la mer,
et la terre,
Le genre
humain:
qui comme anneau sans pierre
Est
demeure, ou
comme ung pre sans fleurs:
Le
monde l’eut sans
la congnoistre a lheure
Ie la
congneuz, qui maintenant la
pleure:
Sy feit le ciel
qui s’orne de mes
pleurs.
O Mort tu as laissé le monde sans Soleil,
Sans trousse Cupidon,
& priué de lumiere,
Le plaisir denué de sa suite
premiere,
Mon cœur sans esperance,
& tout nud de conseil.
Ce somme continu
qui n’a point de
resueil,
Met toute courtoisie & l’honneur
en arriere,
Et moy seul de pitié
i’espands vne
riuiere,
Encore que chacun doiue imiter mon œil.
L’ær, la terre & la mer doiuent
pleurer ensemble
Toute l’humanité, qui sans elle resemble
Vne bague sans pierre ou quelque pré sans fleur.
Quand le monde
l’auoit il ne
l’a
sçeu cognoistre,
Aussi ne sçait-on pas que c’est
que du bon heur,
Sinon lors que le mal commence de paroistre.
sa dame connue seulement du ciel et de lui.
Ô Mort, tu as laissé, en éteignant son Soleil, le monde obscur et froid, Amour aveugle et désarmé, la grâce sans vêtement, les beautés impuissantes, mon âme inconsolable et devenue à moi-même un pénible fardeau ;
Et la courtoisie exilée d’ici-bas, et l’honnêteté à jamais ruinée : je m’afflige seul, et je n’ai pas seul des motifs de m’affliger ; car tu as arraché le germe brillant de la vertu, éteint le premier de tous les mérites : que sera-ce du second ?
L’air, la terre et la mer devraient pleurer sur la race de l’homme, qui sans elle est comme un pré sans fleur, ou comme un anneau sans brillant.
Le monde ne la connut pas tandis qu’il la posséda : je l’ai connue, moi qui suis resté ici-bas pour pleurer, et le ciel aussi qui s’embellit maintenant du sujet de mes pleurs.
Mort, sans soleil tu as laisse le
monde,
Froid &
obscur: sans arc
l’aueugle
archer :
Graces,
beaultez prestes a tresbucher,
Moy desole
en angoisse profunde.
Bas
& bannis sont honneur &
facunde,
Seul
fasche suis, seul nay a me
fascher,
Car de uertu
feiz la plante arracher,
C’est la
premiere,
ou prendrons la seconde?
Plaindre
deuroient l’air, la mer,
et la terre,
Le genre
humain:
qui comme anneau sans pierre
Est
demeure, ou
comme ung pre sans fleurs:
Le
monde l’eut sans
la congnoistre a lheure
Ie la
congneuz, qui maintenant la
pleure:
Sy feit le ciel
qui s’orne de mes
pleurs.
O Mort tu as laissé le monde sans Soleil,
Sans trousse Cupidon,
& priué de lumiere,
Le plaisir denué de sa suite
premiere,
Mon cœur sans esperance,
& tout nud de conseil.
Ce somme continu
qui n’a point de
resueil,
Met toute courtoisie & l’honneur
en arriere,
Et moy seul de pitié
i’espands vne
riuiere,
Encore que chacun doiue imiter mon œil.
L’ær, la terre & la mer doiuent
pleurer ensemble
Toute l’humanité, qui sans elle resemble
Vne bague sans pierre ou quelque pré sans fleur.
Quand le monde
l’auoit il ne
l’a
sçeu cognoistre,
Aussi ne sçait-on pas que c’est
que du bon heur,
Sinon lors que le mal commence de paroistre.
sa dame connue seulement du ciel et de lui.
Ô Mort, tu as laissé, en éteignant son Soleil, le monde obscur et froid, Amour aveugle et désarmé, la grâce sans vêtement, les beautés impuissantes, mon âme inconsolable et devenue à moi-même un pénible fardeau ;
Et la courtoisie exilée d’ici-bas, et l’honnêteté à jamais ruinée : je m’afflige seul, et je n’ai pas seul des motifs de m’affliger ; car tu as arraché le germe brillant de la vertu, éteint le premier de tous les mérites : que sera-ce du second ?
L’air, la terre et la mer devraient pleurer sur la race de l’homme, qui sans elle est comme un pré sans fleur, ou comme un anneau sans brillant.
Le monde ne la connut pas tandis qu’il la posséda : je l’ai connue, moi qui suis resté ici-bas pour pleurer, et le ciel aussi qui s’embellit maintenant du sujet de mes pleurs.
textes originaux
[R]
En ligne le
01/01/26.
Dernière révision le 20/08/26.