Venise, Vindelinus de Spira, 1470, f° 121r°v° [←Gallica].

LAsciato ai morte senza sole el mondo

oscuro et freddo amor cieco et inherme
leggiadria ignuda le bellezze inferme
me sconsolato et ame graue pondo
cortesia inbando et honestate infondo
doggliomio sol ne sol da dolerme
che sueltai di uertute il chiaro germe
spento il primo ualor qual fia il secundo

P ianger laer & laterra el mar deurebbe
lumano legnaggio che senzella e quasi
senza fior prato o senza gemma anello
non la conobbe elmondo mentre lebbe
conobbilio cha pianger qui rimasi
el ciel che del mio pianto hor si fa bello

Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 4, f° 3r° [←Gallica].

Mort, sans soleil tu as laisse le monde,
Froid & obscur: sans arc laueugle archer :
Graces, beaultez prestes a tresbucher,
Moy desole en angoisse profunde.

Bas & bannis sont honneur & facunde,
Seul fasche suis, seul nay a me fascher,
Car de uertu feiz la plante arracher,
C’est la premiere, ou prendrons la seconde?

Plaindre deuroient lair, la mer, et la terre,
Le genre humain: qui comme anneau sans pierre
Est demeure, ou comme ung pre sans fleurs:

Le monde leut sans la congnoistre a lheure
Ie la congneuz, qui maintenant la pleure:
Sy feit le ciel qui sorne de mes pleurs.

Les premières Œuvres, Sur le trépas d’Isabelle, XIX,
Paris, Olivier de Varennes, 1608, f° 88r° [←Gallica].

O Mort tu as laissé le monde sans Soleil,

Sans trousse Cupidon, & priué de lumiere,
Le plaisir denué de sa suite premiere,
Mon cœur sans esperance, & tout nud de conseil.

Ce somme continu qui na point de resueil,
Met toute courtoisie & lhonneur en arriere,
Et moy seul de pitié iespands vne riuiere,
Encore que chacun doiue imiter mon œil.

Lær, la terre & la mer doiuent pleurer ensemble
Toute lhumanité, qui sans elle resemble
Vne bague sans pierre ou quelque pré sans fleur.

Quand le monde lauoit il ne la sçeu cognoistre,
Aussi ne sçait-on pas que cest que du bon heur,
Sinon lors que le mal commence de paroistre.

Gramont, Ô Mort, tu as laissé… (1842)   ↓   ↑   ⇑  →t.m.
Poésies de Pétrarque, « Après la mort de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CCXCIV, p. 231 [←Gallica].

sa dame connue seulement du ciel et de lui.

Ô Mort, tu as lais­sé, en étei­gnant son Soleil, le monde obs­cur et froid, Amour aveugle et désar­mé, la grâce sans vête­ment, les beau­tés impuis­santes, mon âme incon­so­lable et deve­nue à moi-même un pé­nible far­deau ;

Et la cour­toi­sie exi­lée d’ici-bas, et l’hon­nê­te­té à ja­mais rui­née : je m’af­flige seul, et je n’ai pas seul des mo­tifs de m’af­fli­ger ; car tu as arra­ché le germe bril­lant de la ver­tu, éteint le pre­mier de tous les mé­rites : que sera-ce du second ?

L’air, la terre et la mer de­vraient pleu­rer sur la race de l’homme, qui sans elle est comme un pré sans fleur, ou comme un anneau sans bril­lant.

Le monde ne la connut pas tan­dis qu’il la pos­sé­da : je l’ai con­nue, moi qui suis res­té ici-bas pour pleu­rer, et le ciel aus­si qui s’em­bel­lit main­te­nant du sujet de mes pleurs.

























Paris, Gilles Corrozet, 1539, sonnet 4, f° 3r° [←Gallica].

Mort, sans soleil tu as laisse le monde,
Froid & obscur: sans arc laueugle archer :
Graces, beaultez prestes a tresbucher,
Moy desole en angoisse profunde.

Bas & bannis sont honneur & facunde,
Seul fasche suis, seul nay a me fascher,
Car de uertu feiz la plante arracher,
C’est la premiere, ou prendrons la seconde?

Plaindre deuroient lair, la mer, et la terre,
Le genre humain: qui comme anneau sans pierre
Est demeure, ou comme ung pre sans fleurs:

Le monde leut sans la congnoistre a lheure
Ie la congneuz, qui maintenant la pleure:
Sy feit le ciel qui sorne de mes pleurs.

Les premières Œuvres, Sur le trépas d’Isabelle, XIX,
Paris, Olivier de Varennes, 1608, f° 88r° [←Gallica].

O Mort tu as laissé le monde sans Soleil,

Sans trousse Cupidon, & priué de lumiere,
Le plaisir denué de sa suite premiere,
Mon cœur sans esperance, & tout nud de conseil.

Ce somme continu qui na point de resueil,
Met toute courtoisie & lhonneur en arriere,
Et moy seul de pitié iespands vne riuiere,
Encore que chacun doiue imiter mon œil.

Lær, la terre & la mer doiuent pleurer ensemble
Toute lhumanité, qui sans elle resemble
Vne bague sans pierre ou quelque pré sans fleur.

Quand le monde lauoit il ne la sçeu cognoistre,
Aussi ne sçait-on pas que cest que du bon heur,
Sinon lors que le mal commence de paroistre.

Gramont, Ô Mort, tu as laissé… (1842)   ↓   ↑   ⇑ o
Poésies de Pétrarque, « Après la mort de Laure »,
Paris, Paul Masgana, 1842, sonnet CCXCIV, p. 231 [←Gallica].

sa dame connue seulement du ciel et de lui.

Ô Mort, tu as lais­sé, en étei­gnant son Soleil, le monde obs­cur et froid, Amour aveugle et désar­mé, la grâce sans vête­ment, les beau­tés impuis­santes, mon âme incon­so­lable et deve­nue à moi-même un pé­nible far­deau ;

Et la cour­toi­sie exi­lée d’ici-bas, et l’hon­nê­te­té à ja­mais rui­née : je m’af­flige seul, et je n’ai pas seul des mo­tifs de m’af­fli­ger ; car tu as arra­ché le germe bril­lant de la ver­tu, éteint le pre­mier de tous les mé­rites : que sera-ce du second ?

L’air, la terre et la mer de­vraient pleu­rer sur la race de l’homme, qui sans elle est comme un pré sans fleur, ou comme un anneau sans bril­lant.

Le monde ne la connut pas tan­dis qu’il la pos­sé­da : je l’ai con­nue, moi qui suis res­té ici-bas pour pleu­rer, et le ciel aus­si qui s’em­bel­lit main­te­nant du sujet de mes pleurs.

























textes originaux
[R]

 

En ligne le 01/01/26.
Dernière révision le 20/08/26.